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29/03/2015

Un palais d’industriel et une maison usine

La Libre, Momento, Vie de château, Clermont, VaalsAux Trois-Frontières, à Vaals, l’empreinte des Clermont est évidente et forte. Johan-Arnold von Clermont était un grand capitaliste. Il l’a fait savoir.
 
Philippe Farcy


À PROPOS DU CHÂTEAU DE NEUBOURG, à Gulpen (n°742), nous évoquions la figure de Johan-Adam von Clermont (1673-1731), industriel du textile à Aix-la-Chapelle. Il avait acheté ce château, déjà magnifique en son temps, en 1716.
 
Cette fois, c’est de son petit-fils, Johan-Arnold von Clermont (1728-1795), dont il sera question et de ses deux très belles demeures situées à Vaals, juste à la frontière entre le Limbourg néerlandais et l’Allemagne aixoise. Aix, Vaals, Montjoie, Verviers et Spa allaient former, dès le XVIIIe siècle, un ensemble de villes prospères grâce aux entreprises textiles. La concentration géographique de cette activité est au demeurant étonnante et rare en Europe.
 
Montjoie (Monschau) reste la merveille du genre à visiter évidemment, par la qualité de son bâti et la quantité de maisons élevées par des bourgeois entreprenants et prospères. Et s’il y a un château à Montjoie, il est médiéval et chevaleresque (on l’évoquera sans doute un jour).
 
Les Clermont (parfois écrits Klermondt) furent une dynastie de marchands de draps et teinturiers, connus jusqu’en Europe centrale avec la firme “Esaïas Klermondt, Wittib et Cie”; cet Esaïas était le père de notre Johan-Arnold. Ce fut une dynastie comme celle des Scheibler, qui firent construire la “Maison rouge” de Montjoie, et dont la descendance existe toujours à Aix.
 
Des Clermont, sauf erreur, il n’y a plus de lignée encore existante, malgré des foules d’enfants. Mais quelle puissance en cette époque pas si lointaine  ! Johan-Adam puis son fils Esaïas et le fils de ce dernier, Johan-Arnold (anobli en 1752), – les autres étaient issus d’une famille originaire d’Aix et de Burtscheid – furent donc très puissants et influants en Rhénanie et dans nos régions orientales. On trouvait des négociants de draps de cette famille dès le XVIe siècle. Et c’est en ce siècle qu’ils s’installèrent en partie à Vaals, dépendance du duché de Limbourg, connu alors pour ses lois religieuses plus ouvertes qu’ailleurs. On pouvait y pratiquer les deux religions, catholique et réformée. Ces messieurs étaient pour certains logeards, ce qui n’était alors pas incompatible.
 
À Vaals, Johan-Arnold von Clermont fit ériger, en plein centre de l’entité, une maison de trois ailes avec cour intérieure, si grande qu’elle peut être regardée comme un château, et dont toute une partie servait à l’entreprise textile, car une eau excellente, et toujours à 10°, coule en plein centre. Cette demeure aligne pas moins de dix-sept travées sur deux niveaux en façade principale.
 
Notons que la “Maison rouge” de Montjoie, résidence des patrons, aux exceptionnels décors, servait aussi de siège d’entreprise et que les teintures étaient effectuées en caves. N’oublions pas que le père de John Cockerill avait fait de même dans la très belle et actuelle maison communale de Spa.
 
La maison Clermont à Vaals, devenue la maison communale, a été construite entre 1761-1765 pour Johan-Arnold von Clermont par Joseph Moretti, issu d’une famille d’architectes et de stucateurs originaires du Milanais. On y voit les armes de Clermont, alliées à celles de son épouse, Marie von Emmingshaus. Le couple fit seize enfants; treize se marieront. Par ailleurs, Johan-Arnold avait dix frères et sœurs, dont Betty qui avait épousé Friedrich-Heinrich Jacobi, célèbre romancier et philosophe allemand.
 
Sur le flanc gauche de l’édifice qui regarde vers Maestricht, on lit une devise. Elle surmonte l’entrée de la fabrique : “Spero Invidiam”, et signifie “J’espère être envié”. Quel programme !
 
1760 ou 1761 sont également les années où Johan-Arnold acheta le petit château de Vaalsbroek (n°575) au baron Ulrich de Lamberts de Cortenbach (voir le n° 579), à la lisière des grands bois où se trouve de nos jours le point de rencontre des trois frontières. Or Vaalsbroek est une autre création de Joseph Moretti. Il travailla aux Vieux-Joncs (Alden Biesen; n° 477), et érigea l’église Saint-Hubert de Lontzen.
 
Face à une telle famille, on est en droit de se demander pourquoi Johan-Arnold a tant tardé à se construire un troisième château juste à l’extérieur de Vaals et que l’on nomme le “Bloemendal”. D’autant qu’il le fit en toute fin de vie, à partir de 1791. La maison sera livrée en 1793, à l’aube du changement de régime et des effets terribles de la Révolution française. Joseph Moretti (décédé en 1793) fut à nouveau appelé comme architecte. Il était le fils d’Antoine qui réalisa les stucs incroyables du château neuf de Marchin, dit “Belle-Maison”. Joseph conçut la bibliothèque de l’abbaye de Rolduc et la très belle chapelle rococo du dôme d’Aix.
 
Des treize enfants de Johan-Arnold, survivants adultes, deux garçons reprirent les affaires au décès de leur père. Mais en 1819, cette grosse entreprise tomba en faillite. Le Bloemendal fut donné à deux des sœurs Clermont qui y installèrent une communauté religieuse des “Dames du Sacré-Cœur”. Ces dames gérèrent les lieux jusqu’en 1976 en construisant des édifices de style néo-roman en grand nombre et une église entre 1855 et 1859. Le château devint le centre d’une école et d’un pensionnat chic. Vers 1860, il y eut un incendie qui affecta très fortement l’intérieur, sans mettre la maison en péril; mais tous les stucs furent perdus. La demeure, imposante, résiste donc au temps, mais tout ce qui rappelait l’école fut démoli et le château est devenu un hôtel-restaurant, le siège de clubs-services et un centre de congrès.

La Libre, Momento, Vie de château, Clermont, Vaals

 
Infos : www.hotelbloemendal.nl.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

Commentaires

Je serai peut-être une des descendantes de Jean Arnold de Clermont ?
Vos informations confirment celles généalogiques que je possède.
Mais il me semble que les miennes sont plus proches de nous que les
vôtres. Merci pour ce bel article.
Grâce à lui, j'ai découvert votre existence e bien des châteaux belges en plus de celui de mes ancêtres.
Meilleures salutations
M.P. de Jaegher

Écrit par : marie-pierre de jaegher zurstrassen | 04/04/2015

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