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12/04/2015

Baesweiler, le cauchemar des Brabançons

La Libre, Momento, Vie de château, BaesweilerLa petite cité de 13 000 habitants abrite un reste de château-ferme qui était là le 22 août 1371 lors de la célèbre bataille. Mais sous une autre forme.
 
Philippe Farcy


LA PRÉSENCE D’UN PETIT JARDIN, de trois pommiers et d’un fossé comblé pour ceinturer cette bâtisse ornée d’un puissant portail est presque chose incongrue dans la modernité de la ville de Baesweiler. Nous sommes à moins de 20 km au nord d’Aix-la-Chapelle et au sein de l’ancien duché de Juliers. La ville de Juliers se situe à 12 km (3 lieues) au nord-est de Baesweiler. Le village de jadis était inclus dans le baillage de Aldenhoven.
Le Land est celui de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le plus dense de la République fédérale d’Allemagne. Mais oublions les frontières modernes.
 
Restes bien maigres
Baesweiler était un gros bourg jadis dont on sait qu’il possédait un château fort de plaine (la région est plutôt plate à dire vrai et il faut s’approcher de la Meuse pour sentir de vraies déclivités, comme à Heinsberg où nous irons un jour du fait de ses affinités liégeoises).
 
Ceci dit, la ville où nous sommes n’est pas plane. Les restes du château-ferme sont même dans une petite “fosse” et pour monter à l’église, amusante avec ses clochers bulbeux, il faut y aller à la force du jarret. Cette zone en creux s’explique car il y avait ici un étang au XVIIIe siècle encore, comme en témoigne un dessin de Renier Roitkin de 1726 où la tour n’existe plus.
 
Il y avait donc un “burg” lors de la bataille. Mais il n’en resta rien sans doute à sa suite et l’on sait que ce n’était que ruine en 1550-1560. Le site du pouvoir féodal fut reconstruit en 1568 et réaménagé encore sous le seigneur (Franz-Carl) François-Charles von Nesselrode à partir de 1714. Le codex Welser nous montre par ailleurs en un dessin de 1723 que le domaine était constitué d’une ferme avec tour à gauche du portail actuel et que le logis du seigneur est ce qui est conservé. La bâtisse est alors totalement entourée d’eau.
 
Le bâtiment n’offre plus que sept travées vers la voirie. Les murs de briques dont les angles sont renforcés par des moellons de grès sont aveugles quand ils regardent vers la petite prairie. Cet ensemble a été restauré par les autorités fédérales entre 2003 et 2006.
 
Expansion ducale
La bataille de Baesweiler fut un moment historique pour l’équilibre géo-politique entre Rhin et Meuse, opposant les duchés de Juliers et de Gueldre à un duché de Brabant qui devait impérieusement protéger la route commerciale de Bruges à Cologne, en passant par Louvain et Maestricht. La principauté de Liège était au milieu du “débat” et perçue comme la pire ennemie de la politique d’expansion des ducs de Brabant. C’est d’ailleurs la guerre ouverte entre les deux États depuis 1204 où le duc de Brabant obtient du duc de Souabe des droits importants sur Maestricht, ville liégeoise alors mais que Liège va devoir partager près de 600 ans avec les Brabançons.
 
Baesweiler vient bien après, mais les acteurs sont les mêmes et le Brabant travaille à son expansion déjà renforcée lors de sa victoire à la bataille du château de Worringen le 5 juin 1288. Le Brabant y conquiert le duché de Limbourg, Rolduc, puis les châteaux de Kerpen et Wassenberg (ce dernier que nous traiterons sous peu).
 
Duc prisonnier
Dans les années 1360-1370, Wenceslas de Luxembourg (1337-1383, enterré à Orval), mari de Jeanne de Brabant (fille de Jean III), poursuit une politique d’achats de seigneuries, Fauquemont en 1364, puis au nord d’Aix (Millen notamment), ce qui va engendrer la bataille de Baesweiler, car les duchés de Gueldre et de Juliers se sentent menacés. Le duc Wenceslas voulait sans doute prendre la ville de Juliers mais les ducs alliés de Gueldre et de Juliers fondirent sur l’armée brabançonne qui n’était pas au complet ni en état de combattre. La surprise engendra la défaite des “Belges” et le duc fut fait prisonnier. Cela marqua la fin de l’expansion du duché de Brabant vers le Rhin. Lequel duché allait bientôt perdre le contrôle d’Anvers et de Malines au profit du comte de Flandre, Louis de Male. Pour en savoir plus, il suffit de lire le mémoire de Louis Olivier, soutenu à l’ULg, et de se plonger dans les “Chroniques” de Froissart.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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