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02/05/2015

Avec Charles Michel, des rires plutôt que des cris

La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, Charles Michel, 16 rue de la Loi, politique, réunionPour la série “Dans le secret des lieux”, le Premier ministre a exceptionnellement laissé “La Libre” découvrir les coulisses du 16 rue de la Loi, le siège du gouvernement. Et ce, un vendredi matin, jour particulièrement chargé pour les membres de l’Exécutif.

Reportage: Jonas Legge
Photos: Johanna de Tessières


DANS LE BUREAU ÉPURÉ aux plafonds hauts et aux moulures dorées, les voix sont posées. Aucun mot n’est prononcé plus fort qu’un autre. D’ailleurs, lorsqu’elle vient remettre un dossier à Charles Michel, c’est sur la pointe des pieds qu’Aurélie Czekalski s’approche de la table, évitant que ses talons ne claquent sur le parquet. C’est toujours comme ça, très calme , décrit la responsable communication du Premier ministre.
 
Comme chaque vendredi matin, au 16 rue de la Loi, en plein cœur de Bruxelles, Charles Michel est entouré de ses plus proches conseillers : le directeur de cabinet, le secrétaire du Conseil des ministres et les membres de la cellule communication. Lors de ce briefing, sont passés en revue les dossiers mis à l’ordre du jour du Kern et du Conseil des ministres, qui se tiendront dans la matinée.
 
Nos conseillers et ceux des autres ministres ont travaillé jusqu’en soirée hier. Certains documents doivent donc encore être mis à jour ce matin. Le but est que le Premier ministre dispose d’un maximum d’informations pour pouvoir prendre les décisions lorsqu’il sera entouré des membres du gouvernement tout à l’heure, souligne Aurélie Czekalski.
 
La réunion se termine sur une discussion autour d’un article paru dans la presse dont le contenu semble légèrement contrarier le locataire du “16”. Le sourire se marque cependant sur son visage au moment d’enfiler sa veste et de ranger ses dossiers pour monter, suivi de deux gardes du corps, trois étages plus haut. Il est passé 9h, et le Kern l’attend.
 
Dans les combles de l’immeuble, qui ont servi de salles des archives jusqu’en 2006, Kris Peeters, Jan Jambon et Didier Reynders patientent en discutant. Maggie De Block est, quant à elle, assise à une table, le nez plongé dans un dossier. Les salutations sont expéditives. Charles Michel sert la main de ses collègues masculins, embrasse la libérale flamande et prend Jan Jambon en aparté quelques minutes durant. Je peux vous le dire, il n’y a pas de secret, j’avais des nouvelles à lui fournir sur les négociations autour des pensions des policiers, expliquera le Premier ministre. J’ai énormément de contacts informels avec les ministres. Je veille à vraiment bien faire circuler l’information, surtout avec les vice-Premiers.”

La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, Charles Michel, 16 rue de la Loi, politique, réunionDes tensions peu nombreuses

Entre-temps, Alexander De Croo a rejoint la salle de réunion où flotte une bonne odeur de viennoiseries. Et lorsque Charles Michel pénètre dans le local, les quatre vice-Premiers prennent place. Seule Maggie De Block demeure à l’extérieur. En tant que “simple” ministre, l’étoile montante de la politique belge n’est pas conviée à l’ensemble du Kern; elle sera appelée lorsque le point important qui concerne sa réforme des hôpitaux sera abordé.
 
Contrairement au Conseil des ministres, le Kern ne sert pas à prendre des décisions. Il s’agit d’une réunion préparatoire, où chaque vice-Premier négocie, exprime ses arguments, défend ses positions. Le Kern a donc une grande influence car les orientations données sont, dans la majorité des cas, largement soutenues au Conseil des ministres, signale Charles Michel.
 
La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, Charles Michel, 16 rue de la Loi, politique, réunionDeux heures après le début du huis clos, les palabres sont toujours en cours. Dans la salle du Conseil, autour de l’imposante table, les autres ministres sont contraints de prendre leur mal en patience. Certains sont absorbés par leurs dossiers, d’autres ont les yeux rivés sur leur smartphone. Lorsque le Kern dure, nous devons patienter, concède la libérale Jacqueline Galant. Nous allons éviter de dire trop de bêtises en présence des journalistes. Quand la porte sera refermée, nous pourrons nous lâcher, ajoute-t-elle en plaisantant. Au même moment, Charles Michel fait son apparition. Un tour de table de salutations plus tard, il appelle ses troupes à s’installer. Voilà, nous allons commencer, rejoignez vos places, demande-t-il, avant de présenter le premier point à l’ordre du jour.
 
Charles Michel l’assure, lors de ces échanges, les tensions sont peu nombreuses. Dans ma façon de diriger les travaux, je fais preuve de psychologie. Dès lors, quand je sens qu’à un moment donné la crispation monte, je passe à un autre sujet ou je fais un peu d’humour pour désamorcer une situation complexe. Chacun donne son point de vue avec conviction, fermeté mais de manière très respectueuse. Personne ne hausse jamais le ton. J’ai été ministre dans des gouvernements précédents et j’ai assisté à des réunions où ça criait, ça hurlait. Ce n’est pas mon style et les collègues savent que ce n’est pas en criant qu’ils vont m’impressionner, assure, flegmatique, le Brabançon.
 
Le Premier se dit par ailleurs rarement surpris par une position adoptée par un collègue. Connaître les volontés, les tempéraments, les sensibilités, c’est un peu mon job. J’ai beaucoup travaillé pour mettre en place cette coalition donc je pense avoir une connaissance assez fine des priorités de chacun des partenaires.”
 
Devant la porte close de la salle du Conseil des ministres, un garde du corps fait les cent pas, s’assoit puis déambule à nouveau dans le corridor. Il est rejoint par un partenaire. Ces colosses accompagnent le Wavrien dans ses déplacements, même à l’intérieur du “16”. Ici, le lieu est sécurisé. Mais il faut au moins un agent à proximité directe du Premier ministre car s’il doit partir précipitamment, l’un de nous doit le suivre et prévenir les collègues qui nous rejoindront immédiatement, explique un officier, plutôt souriant pour la fonction.
 
La Libre, Momento, Dans le secret des lieux, Charles Michel, 16 rue de la Loi, politique, réunionDepuis les attentats à “Charlie Hebdo”, le chef du gouvernement est accompagné d’un dispositif de sécurité. Un dispositif que Jean-Luc Dehaene avait gentiment envoyé balader au début des années 1990. Jusqu’aux attaques de janvier dernier à Paris, les correspondants étrangers se disaient tous agréablement surpris par la légèreté de la protection et par l’accessibilité des ministres belges, qui se baladent, qui rencontrent les citoyens, souligne, avec une pointe de regret, Francis Van de Woestyne. Le rédacteur en chef de “La Libre” stipule d’ailleurs que durant des années, j’ai traversé le Parc royal, en discutant avec différents Premiers ministres, les mains dans les poches, pour aller du ‘16’ au Lambermont, sans qu’il n’y ait le moindre garde du corps
 
L’ascenseur pour le Bunker
 
Dans une salle à proximité du Conseil, Aurélie Czekalski regarde à nouveau l’heure affichée sur son smartphone. Midi approche et rien n’indique que la réunion va s’achever. Le secrétaire du Conseil des ministres, qui se trouve à l’intérieur, doit m’envoyer un SMS quand la fin est proche. J’espère que ça ne va plus trop tarder parce que les journalistes sont déjà installés en bas.”
 
À 12h05, la porte s’ouvre et laisse percevoir un léger brouhaha. Les uns à la suite des autres, les politiques sortent. Charles Michel et Didier Reynders poursuivent quelques instants une discussion, qui se terminera par des rires, avant que le quasi quadragénaire ne prenne congé du ministre des Affaires étrangères. Il file vers l’étroit ascenseur qui doit le mener, six étages plus bas, au “Bunker”, la salle de presse située en sous-sol. Alexander De Croo et Bart Tommelein lui emboîtent le pas mais préfèrent travailler leur condition physique en affrontant la cage d’escaliers.
 
Installée sur l’estrade, l’équipe gouvernementale énumère et détaille les décisions prises puis répond aux questions des journalistes.
 
Après trente minutes face à la presse, le Premier ministre remonte dans son bureau, où l’attend un nouveau briefing avec ses conseillers autour d’un lunch. “Il ne s’arrête jamais de travailler, même pour manger”, fait remarquer Aurélie Czekalski, à qui ce rythme effréné semble plaire. À table, ce sont des moments plus décontractés mais, il n’empêche, nous discutons quand même des dossiers…”

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