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02/05/2015

Comment assurer en société

La Libre, Momento, Tendances, bonnes manières, savoir-vivrePatricia de Prelle de la Nieppe a listé, pour le commun des mortels, les règles du savoir-vivre.
Son ouvrage démontre sur un ton léger que les règles de savoir-vivre, dont on se moque souvent, sont surtout des outils du vivre ensemble. Sans se froisser.
Des règles qui brillent aussi par leur adaptabilité.
Leçon d’élégance sociale.
 
Rencontre: Aurore Vaucelle


PATRICIA DE PRELLE NOUS OUVRE LA PORTE en souriant, nous montre le chemin à suivre dans sa coquette maison ixelloise, fait un arrêt dans un hall à boiseries cosy où sont rangées des petites boîtes mystérieuses (elle en fait collection, dont cette petite boîte qui cache un accordéon) et nous fait asseoir in fine dans un canapé géant mais diablement confortable.
 
Autour de nous, un tas de jolis objets… Patricia nous confie que ce qu’elle aime c’est “partir en safari, à la recherche de la ‘Bête’”, comme elle dit. Comprenez qu’elle adore fouiner pour trouver l’objet rêvé. Mais c’est pour autre chose que nous sommes venue à sa rencontre. On a aimé son “livre traité” sur le savoir-vivre. Tout sauf collet monté. On l’interroge sur sa démarche : “J’ai toujours été étonnée d’entendre que le Wallon disait que le Flamand n’a pas de manières. Je me disais que ce n’était pas possible, qu’ils avaient sans doute d’autres manières, différentes. C’est ainsi que je me suis penchée sur la question.”
 
À TABLE !
 
Et, en effet, il existe bien des différences quand on est invité à une table au sud ou au nord de la frontière linguistique. Si menues soient-elle, elles s’observent, et s’expliquent culturellement. On demande, ingénue, un exemple. “Le francophone s’est calqué sur les us et coutumes qui avaient lieu à la Cour de Bourgogne, et le néerlandophone lui, sur ce qui est anglo-saxon. Sur sa table, le Flamand va mettre les fourchettes les dents vers le haut, et le francophone, les dents vers le bas. En fait, la fourchette est arrivée tard dans les usages de la table, elle avait une connotation sexuée : elle était associée aux homosexuels autour des doges de Venise, qui avaient d’énormes fraises autour du cou. C’est alors qu’on a inventé cette petite fourche pour parvenir à introduire la nourriture en bouche. Quand Catherine de Médicis est arrivée à la Cour avec dentelle et fourchettes, les manchettes en dentelle se prenaient dans la fourchette les dents vers le haut, donc on décida de retourner les dents vers le bas. Les Anglais n’ayant pas de dentelle à leur vêtement de drap ont laissé les dents tournées vers le haut.”
 
POLITESSE
 
Jolie histoire culturelle à propos de l’histoire des usages. Des usages dont on dit souvent qu’ils se perdent, ce en quoi Patricia de Prelle n’est pas d’accord. “La politesse, mais aussi l’hygiène qui sont partie prenante du savoir-vivre, sont bien implantées. Vous savez, les gens ne crachent plus en rue, quand j’étais jeune il y avait des panneaux dans le tram, ‘on ne crache pas’. Vous ne rêveriez plus de voir cela dans le métro.” En fait, le savoir-vivre bouge énormément, c’est sans doute pour cela que l’on se gausse des conseils relevés dans les manuels de savoir-vivre des années 20, joliment désuets. Alors, certes, cracher en société ne se fait plus mais cela n’a pas empêché le musée du Louvre d’introduire des crachoirs dans son mobilier muséal pour satisfaire aux nécessités de l’un de ses nouveaux publics, les visiteurs chinois. Car le bienséant sait d’abord honorer son invité, c’est la règle qui s’applique en savoir-vivre : mettre son alter ego à l’aise. Le savoir-vivre est, selon notre interlocutrice, un “facilitateur” de relations et non pas une revue de l’étiquette. “Je ne suis pas attachée au côté forme. Si quelqu’un met sa fourchette à droite ou à gauche, ça ne va pas changer la face du monde… Je veux faire la différence avec ces codes dont on croit qu’ils sont là pour marquer la distinction avec d’autres, comme si on ne venait pas du même milieu, ou de la même coterie. Ce n’est pas du tout une coterie, le savoir-vivre. Le terme le dit joliment, c’est pouvoir communiquer ensemble.”
 
 
“Petit traité du savoir-vivre, histoires et usages sans frontières”, par Patricia de Prelle, aux éditions Racine, 25 € env.
 
 
Ph.: Christophe Bortels

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