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09/05/2015

Chiche que les petits vont gagner ?

La Libre, Momento, Ludo, jeu, enfants, bienfaits, mémoireLes enfants ont tout à apprendre des adultes qui jouent.

Maître du jeu: Yves Cavalier


VOILÀ UNE BONNE QUINZAINE d’années que les adultes ont retrouvé le goût de jouer en société. Peut-être est-ce parce qu’ils sont nés eux-mêmes dans la génération Game Boy et qu’ils y ont vu une fracture, que de plus en plus de jeunes parents se tournent aujourd’hui vers les jeux de société pour jouer entre amis parfois mais très souvent aussi pour jouer en famille, avec les enfants.
 
Il n’y a pas d’âge en effet pour inculquer de bonnes habitudes à ces petites têtes blondes qui, quelques années plus tard, n’oseront plus avouer à leurs copains qu’elles jouent avec leurs parents. La gêne !
Mais partons du principe qu’il y a encore d’ici là quelques belles après-midi pluvieuses et quelques belles soirées chaleureuses à passer en famille autour d’un bon jeu.
 
Sans entrer sur le terrain de Madame Dolto, posons malgré tout quelques préalables. Rien que deux, pour commencer. Bannissez le terme “ludo-éducatif”. C’est non seulement un vilain mot mais c’est surtout un pléonasme. Le jeu, c’est de l’apprentissage. On peut essayer de l’orienter vers des connaissances que l’on voudrait inculquer à nos chérubins mais ces petites têtes sont très subtiles. Leur moteur de réflexion est simple : ou je m’amuse, ou je ne m’amuse pas. Le tout est donc de se montrer encore plus subtil dans le choix des jeux. Sans en faire un roman, disons qu’il vaut mieux affiner les compétences qu’augmenter les connaissances. C’est le vieux précepte de la tête bien faite et de la tête bien pleine. 
 
Qu’on n’aille pas jusqu’à considérer que les jeux éducatifs sont sans intérêt. Tout est dans la manière… La manière de les présenter, la manière d’y jouer. Un jour viendra où l’enfant aura lui-même envie d’y toucher parce qu’il éprouvera du plaisir à afficher ses connaissances. Mais le mieux est que cela vienne de lui-même. Évitons d’en faire une attraction foraine pour satisfaire notre ego parental. Pas question non plus d’acheter une boîte de jeu qui s’adresse à des enfants à partir de 8 ans s’il n’en a que 6. Même si vous êtes persuadé que le petit est “très en avance pour son âge”, c’est lui rendre un mauvais service. Pas mal de boutiques spécialisées proposent d’essayer les jeux avant l’achat ou lors de journées portes-ouvertes. C’est l’occasion où jamais de faire un test, sans compter que de plus en plus de ludothèques peuvent également servir de “laboratoire” ! Contentons-nous d’apprendre à jouer avec tout ce que cela implique de joies et, parfois, de frustrations pour un enfant. 
 
Et tant qu’on en est à donner des conseils, voilà le deuxième principe de base : ne trichez jamais pour laisser un enfant gagner. C’est, une fois encore, lui rendre un très mauvais service et cela fausse tout le fondement du jeu. Jouer, c’est pouvoir perdre. C’est une école de la vie. Assumer une défaite, c’est se donner la force de se surpasser la prochaine fois.
 
On parle donc bien du fait de jouer “avec” des enfants. Lorsqu’ils jouent entre eux, les enfants ont souvent leurs propres codes avec des références qui nous échappent parfois. C’est logique : ils veulent s’amuser, tout simplement. Et pour cela, ils n’ont même pas besoin de quelqu’un d’autre. C’est ce qui fait la différence entre le jeu et le jouet. Celui-ci s’utilise librement au gré de l’imagination du petit d’homme qui le manipule. Quand on parle d’un jeu et si on ajoute “de société”, on introduit une nouvelle notion : les règles du jeu. On joue ensemble en respectant tous les mêmes règles. 
 
Sur un plan plus pratique, chacun découvrira, au fil des expériences plus ou moins heureuses, qu’il y a encore quelques prescriptions à respecter. Ainsi, la capacité de concentration d’un enfant est très modeste. Elle grandit avec l’âge mais, au-delà d’un quart d’heure de jeu, un enfant de 5 ou 6 ans ne sera plus dans le coup. Jusqu’à 8 ans, tenir plus d’une demi-heure sur une même partie devient exceptionnel. Cela implique au moins deux choses. On commence à jouer en expliquant les règles et on évite les jeux sans interaction qui obligent l’enfant à attendre son tour trop longtemps. Tous les prétextes lui sont bons pour s’évader… sauf si le jeu a réussi à le captiver. Et pour cela, la recette est simple : il faut un bon jeu et de bons joueurs.
 
 
Mémoire, mémoire, dis-moi qui va remporter la partie ?
 
C’est une constatation et c’est un terrible atout : les enfants ont une mémoire redoutable au jeu.
 
Certes, ce serait une erreur de faire en sorte qu’un jeune enfant soit systématiquement gagnant au jeu. Apprendre à perdre est aussi important qu’apprendre à gagner. Mais rien n’empêche de choisir des jeux qui utilisent au mieux les atouts dont il dispose. Ce n’est pas tout à fait un hasard si le jeu de Kim – quel objet a disparu de la table ? – a traversé les générations et si l’un des jeux en boîte les plus vendus depuis des décennies s’appelle “Memory”. Reconstituer les bonnes paires en retournant des images cachées, tout le monde a joué à cela et on peut faire le test aujourd’hui encore : les enfants sont champions. Ils ont une mémoire phénoménale, une capacité à apprendre et à retenir qui donne des complexes à leurs aînés.
 
Depuis que se développent ce qu’on appelle les jeux de société “modernes”, certains éditeurs ont essayé de renouveler le genre. Mémoriser et restituer n’est plus une fin en soi. On intègre cette compétence dans une structure plus élaborée : la mémoire n’est qu’une composante du jeu même si elle en reste le moteur.
 
Un des exemples les plus performants du genre s’appelle “Outre Tombe” (Édition Zoch Gigamic). Il est sorti il y a une dizaine d’années, à l’époque où l’on parlait moins de vampires et de zombies qu’aujourd’hui, mais pourtant l’objectif est bien de retrouver la bonne tombe de chaque vampire avant le lever du soleil et en évitant les gousses d’ail dissimulées ici et là. Avec des enfants de 8 à 12 ans, les parents sont certains de ne pas tenir la distance car il y a pas moins de 60 tombes à repérer et à mémoriser.
 
Tout récemment, la “Chasse aux Gigamons” (Éd. Elemons Games) vient de remporter l’As d’Or au Festival du jeu de Cannes dans la catégorie enfants. Sur le principe du jeu de mémoire, il faut reconstituer des paires de personnages. Cela permet d’exercer le pouvoir de ces personnages pour tenter d’aller plus loin : retrouver la troisième image et remporter le Gigamon, un sympathique monstre géant. C’est simple, simpliste même, mais terriblement efficace avec des enfants : mémoriser n’est pas une fin en soi, cela permet de progresser dans le jeu.
 
Dans le même ordre d’idées, “El Capitan” (Éd. Gigamic) ajoute une dimension supplémentaire. Chacun étale son set de 12 cartes pirates devant lui, les observe et les retourne. Ensuite, on tire de la pioche une image identique et l’objectif est de poser son bateau de pirate sur la carte de son jeu qui correspond. De plus, quelques cartes viennent perturber le déroulement du jeu. Ceux qui ne jurent que par “Pique Plume” (Éd. Gigamic), le classique du genre mais très “enfantin”, y trouveront une alternative grâce à laquelle, adultes et enfants se retrouveront dans une sympathique compétition.
 
 
Ph.: Reporters/All Access

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