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09/05/2015

Ne pas confondre minauderie & minaudière !

La Libre, Momento, Tendances, mode, sac, minaudière, pochetteEnfin une excuse pour avoir ses sacs à main en nombre, mais rangés par ordre alphabétique !
Olympia Le-Tan a inventé le sac minaudière dans lequel on se plonge.
 
Rencontre: Aurore Vaucelle


OLYMPIA LE-TAN S’ASSOIT SUR LE BORD d’un petit fauteuil dans un salon mini qui ressemble à celui d’une maison de poupée. Nous nous installons précautionneusement comme si on entrait dans les pages d’un livre pour enfants. Olympia Le-Tan est une grande fille mais revendique dans sa création cet esprit primesautier, amusé et curieux qui fait le sel de l’enfance. Le décorum qui l’entoure, rempli de meubles trompe-l’œil comme chez Alice et de petits crapauds frangés dodus, est un cocon idéal à ses créations précises et précieuses, que sont ses minaudières brodées. Il y a quelques années, Olympia Le-Tan a lancé une collection de mini-sacs de soirée, format livre de poche, ce qu’on appelle, dans le jargon, des “minaudières”. Et attention, pas de raccourcis : les minaudières ne sont pas pour les minaudeuses.
 
Un peu de saine lecture
Mais revenons à nos moutons : les minaudières de Miss Le-Tan ont ceci de particulier qu’elles prennent la forme d’un livre. On s’amuse de cette manière presque ingénue d’injecter un peu de culture livresque dans la mode. Elle raconte son histoire de livres, sans faire de leçon : “J’ai grandi dans une maison où il y avait beaucoup de vieux livres. Mon père (NdlR l’illustrateur Pierre Le-Tan) a toujours collectionné les beaux livres… Je voyais une belle image, un livre que j’adorais, et puis comme je faisais aussi de la broderie… J’ai commencé par broder les couvertures de mes livres préférés.” La sauce a pris et Olympia Le-Tan est devenue celle qui brodait les sacs à main livresques des belles de tapis rouges. Michelle Williams emporte souvent un livre sur elle sur red carpet (pour ne pas s’ennuyer ?), Miss Clémence Poésy aussi, nom de famille en bandoulière…
 
Olympia Le-Tan avance dans le milieu de la mode, sans trop en faire. Sans intellectualiser. Fille de, elle a imaginé une forme d’expression bien à elle. Elle nous raconte qu’elle n’a pas fait beaucoup d’études, mais évoque une enfance tournée vers l’art de sortir quelque chose de ses dix doigts. “Quand j’étais petite, le mercredi après-midi, j’allais chez mes grands-parents. Je faisais un cours de peinture avec mon grand-père, et de couture avec ma grand-mère. Plus tard, quand j’ai fait mon stage chez Chanel, je récupérais des bouts de tissu et, le soir, je bricolais des petits trucs.” Olympia semble avoir un rapport privilégié à la matière. “Parce qu’en fait , ce n’est pas tout plat, le monde, c’est en relief ! Et j’avoue, plus c’est difficile à faire, plus ça m’intéresse.”
 
Comme les objets d’une maison de poupée
En se penchant sur ses ouvrages, on observe cette obsession du détail, dont elle ne se cache pas. “Quand j’étais petite, j’étais fascinée par toutes ces petites nourritures de maison de poupée. Il y avait une boutique, dans le Passage des Panoramas, et je passais des heures à regarder ces infinis détails en me demandant comment on faisait cela.” Infinis détails dont elle continue à habiller ses créations. Si une partie de ses sacs en éditions limitées est fabriquée à Paris dans son atelier, elle n’est pas parvenue à dégoter la main-d’œuvre nécessaire pour façonner la totalité de sa collection, et travaille donc avec un atelier d’hommes brodeurs, à Bombay.
 
Des ballerines en magasin
Olympia ne ment pas sur son univers. Assurément, sa jeunesse continue à nourrir sa création. En mars dernier, durant la Fashion Week, elle a montré une collection de fringues et sacs rigolos pour ballerines déjantées, intitulée “The Red Shoes”. Un hommage (pas triste et sur ton de Kate Bush) au film de 1948 qui, lui, est fort triste pour le coup, puisqu’il dessine le destin tragique d’une danseuse étoile gagnée par le démon de la danse. Forcément, on lui demande quel passif elle a avec la danse. Classique : petite, ses parents l’avaient inscrite au ballet, mais décidément ça n’allait pas. “Je n’ai pas le corps d’une ballerine. Mais j’aurais aimé aimer  ! Ce n’était pas le cas. Je séchais le cours et je déchirais les chèques qui devaient payer les cours jusqu’à ce que ma mère vienne me chercher à la danse et ne m’y trouve pas…” Aïe. Depuis donc Olympia a exorcisé sa déception de fillette en imaginant une collection Ballet funky, à base de sacs tambours ou de (craquantes) minaudières Casse-Noisette… Et puis, les ballerines n’ont plus besoin de tenir en équilibre précaire, puisque Christian Louboutin a inventé – pour et avec Olympia – une collection de ballerines escarpins, histoire d’avoir toujours de la hauteur…
 
Pour le reste, elle continue à remplir la bibliothèque des filles. Avec “Sa majesté des mouches”, “Jane Eyre” ou “Moby Dick”. Ses fans de la première heure ont-elles ouvert un club de lecture ?… Olympia nous avoue que cette idée la séduit… Mais pour ce qui concerne ce qu’on met dedans, c’est toujours la porteuse du livre-sac qui connaît le contenu de l’histoire.
 
 
Ph.: Johanna de Tessières

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