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17/05/2015

La danse ou la musique pour thérapie

La Libre, Momento, Bien-être, danse, musique, thérapiePour guérir les grands maux et les petits bobos, du corps et de l’esprit, il y a bien des moyens. L’art en est un.

En douceur: Laurence Dardenne


PSYCHO, MAIS PAS QUE… Phyto, fascia, hydro, chrono, thalasso, lumino, musico, hypno, danse, balnéo, photo, biblio…, à quoi s’accole, depuis longtemps ou depuis peu, avec plus ou moins de sérieux et de bonheur, le mot thérapie.
 
Pas que les médicaments ou la psychiatrie, pour soigner les grands maux et les petits bobos, du corps et de l’esprit, il y a aussi les plantes, les couleurs, la lumière, l’art, l’eau de mer, l’hypnose, la danse, la musique, les livres… Tout cela – et bien d’autres choses encore – peut avoir des vertus thérapeutiques. Alors, pourquoi pas, pourvu que l’on y croie et pour autant que cela fasse in fine plus de bien que de mal – et tant qu’à faire, pas de mal ?
 
Si certaines approches paraissent plus farfelues que d’autres, les vertus de l’art-thérapie ne sont, elles, plus à démontrer. Parmi les diverses définitions qui lui ont été adjointes, on peut citer celle de la Fédération française des art-thérapeutes qui y voient une “pratique de soin fondée sur l’utilisation thérapeutique du processus de création artistique”. Ou encore la définition de l’Institut de Recherche et de Formation en Art-Thérapie : “L’art-thérapie propose beaucoup plus que cela par l’utilisation psycho-thérapeutique de la pratique artistique. L’art devient alors un moyen, la thérapie un but.
 
Pour d’autres encore, “l’Art-thérapie est une méthode qui consiste à créer les conditions favorables au dépassement des difficultés personnelles par le biais d’une stimulation des capacités créatrices”.
 
Quelle qu’en soit la définition, cette grande famille regroupe de multiples modes d’expression artistique, que l’on opte pour le dessin, la peinture, les marionnettes, la pâte à modeler, la photographie, l’écriture, la danse, la musique… Ce sont précisément ces deux derniers qui ont fait l’objet de deux ouvrages, qui viennent de sortir : “Je danse donc j’existe” de Catherine Maillard (Albin Michel) et “La musique entre génie créateur et vertu thérapeutique” de Jean-Noël Beuzen (Odile Jacob).
Découverte.
 
 
La danse, outil de développement personnel, de connaissance de soi
 
Depuis aussi longtemps qu’elle s’en souvienne, Catherine Maillard, journaliste, danse. En jupe de gitane, à 12 ans, elle tournoie sur les valses de Chopin. Adolescente, elle prendra des cours de street jazz, de claquettes. Puis, ce sera la danse africaine. Avec un professeur, elle découvrira les danses traditionnelles, “Je n’ai cessé d’explorer les voies de la danse, pour nourrir ce feu sacré que je sens brûler en moi, qui donne des ailes à mes pieds et des étoiles à mes pensées”, écrit l’auteur de “Je danse donc j’existe, le grand boom de la danse-thérapie” (Éd. Albin Michel, 17 €). La danse a transformé ma vie. C’est sans doute pourquoi je me suis engagée à essayer d’en transmettre le message.”
 
Dans son ouvrage, Catherine Maillard rappelle que, depuis toujours, sous toutes les latitudes, la danse a fait partie des rituels de guérison et de célébration des ancêtres. “Des milliers d’années plus tard, la danse-thérapie inaugure un nouveau rapport au corps, souligne l’auteur. Sur le parquet de danse, hommes et femmes se trémoussent en rythme comme s’ils voulaient rejeter des siècles de contraintes et de frustrations. par la libération des tabous qu’elle développe, cette pratique nouvelle signe un retour de notre énergie vitale, qui ne demande qu’à circuler. La danse-thérapie, en déplaçant l’expérience en solo du divan vers la pratique collective du parquet, répond à un besoin de l’individu de s’épanouir, mais aussi d’appartenir à un groupe, celui-ci produisant par résonance une accélération des prises de conscience. Là où nous pouvons parfois tourner autour du pot en séance individuelle, le bain collectif nous pousse à dépasser nos limites.
 
Pour réaliser ce livre et couvrir les différents champs de la danse-thérapie, la journaliste est allée à la rencontre de dix acteurs de ce courant, ou de leurs représentants, comme pour la danseuse aux pieds nus, Isadora Duncan. Cinq grandes écoles ont ainsi été interrogées : la danse des cinq rythmes de Gabrielle Roth, le life art process d’Anna Halprin, la biodanza de Rolando Toro, la danse biodynamique de Rafael Baile et la danse médecine de Susannah et Ya’Acov Darling Khan. Enfin, une anthroplogue et psychanalyste, deux grands chorégraphes et un psychiatre et directeur de la première école d’art-thérapie française apportent eux aussi leur expertise dans le domaine.
 
 
Au Moyen Âge, déjà, la musique est un traitement de la mélancolie
 
Qu’on se le dise : “cet ouvrage n’est ni un manuel de psychiatrie ni un traité de musicologie”, peut-on lire en guise d’avertissement. Non, “c’est plutôt un album de photos qui montreraient les moments de rencontre entre une folie et une musique. La folie servira de cadre général dans lequel viendront se placer tantôt des œuvres, tantôt leurs compositeurs, au fil des pathologies décrites.”
 
Docteur en psychiatrie, violoniste, et auteur de “La Musique, entre génie créateur et vertu thérapeutique”, Jean-Noël Beuzen a pour ambition, dans cet ouvrage, de “faire saisir toute la complexité mais aussi l’émotion contenue à la fois dans la musique et dans ce que le psychiatre français Georges Lantéri-Laura appelait ‘la fascination du morbide’, c’est-à-dire la souffrance du cerveau blessé”.
 
Car, “musique et folie n’ont-elles pas le cerveau pour dénominateur commun ?, interroge le psychiatre. Celui qui ressent est aussi celui qui éprouve. Celui qui jouit est aussi celui qui souffre. Le cerveau qui crée de l’art est aussi celui qui crée des symptômes. Le cerveau est à l’épicentre d’un système qui permet à la fois le partage dans la musique mais aussi l’isolement dans la folie et la non-communicabilité de l’expérience pathologique. Mais ce même cerveau qui souffre peut, chez l’un, être à l’origine des plus belles œuvres musicales et, chez l’autre, des plus douloureux délires. Le cerveau est en même temps le contenant (l’organe) et le contenu (la pensée créatrice). Ses pathologies organiques (le contenant) feront naître de belles musiques, ses pathologies psychiques (le contenu) en feront éclore d’autres, tout aussi belles et souvent plus poignantes. Le sujet est complexe, protéiforme, subtil, passionnant.”
 
Tel ce livre qui nous fait voyager à travers les pays et les époques, ainsi le Moyen Âge, avec le théologien philosophe et médecin Marsilio Ficino (1433-1499), ardent défenseur de la musique comme traitement de la mélancolie. On en apprend sur Haendel, Schubert ou Puccini, les psychoses aiguës, chroniques, schyzophréniques. “La musique a connu pendant des siècles une place de choix dans l’arsenal du médecin, écrit Jean-Noël Beuzen. Aujourd’hui, la musicothérapie est employée aussi bien pour traiter les douleurs chroniques que certaines conséquences de traumatismes crâniens en passant par un grand nombre de pathologies mentales.”
 
 
Ph.: Quiniot/Gamma

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