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24/05/2015

Le Havre, une destination encore discrète

La Libre, Momento, Escapade, Le Havre, séjour, tourismeLe Havre n’oublie pas son histoire, édifice de son identité, alors que sa réputation évolue solidement sous le regard d’écrivains, de peintres et d’artistes venus discrètement la servir.

Découverte: Sonia Johnson


LE HAVRE A UNE HISTOIRE PARTICULIÈRE, différente. Les origines de sa création en 1517, sous François Ier, ont inspiré de nombreux peintres au fil du temps. Son attitude flamboyante dans les années glorieuses la classait parmi les villes françaises les plus chic. Mais au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le centre-ville a presque été entièrement détruit. La guerre a creusé ses sillons, les Havrais doivent soigner leurs plaies et réécrire leur histoire. La treizième ville de France fait toujours les bonnes rencontres; l’architecte Auguste Perret, de reconstruction en innovation urbaine, va la conduire jusqu’au Patrimoine mondial de l’Unesco en 2005. Longé par la Seine, bordé par la Manche, ses vues multiples sur ses paysages ou son activité suffisent au Havre à être comblé. Sa position de deuxième port français pour le commerce extérieur le rend aussi attractif que Marseille. En ce mois de mai, l’un des plus imposants porte-conteneurs de notre époque a été inauguré au port du Havre, promesse de nombreux échanges commerciaux.
 
Le Havre est une ville industrielle et, quand on accepte cette réalité, visible dans nombre de ses paysages, alors on peut commencer à en sortir la force. Tout d’abord dans son architecture, avec des bâtiments traversant différentes époques qui se partagent pacifiquement l’espace urbain. Puis la force de sa tranquillité mêlée à son activité débordante, la force de ses galets face aux plages de sable voisines. Les cabanistes savourent le doux confort d’un certain art de vivre, ils sont les seuls à pouvoir le décrire. La lumière et l’horizon sont toujours changeants, au rythme du ciel et des bateaux. Enfin, malgré ses difficultés économiques et sociales, les nombreux projets solidaires, artistiques, culturels ou littéraires et les constantes innovations dans son infrastructure rendent Le Havre, à l’aube de ses 500 ans, simplement incontournable.
 
 
Les Éditions Non-Standard à l’écoute du Havre
Cette maison d’édition qui “sort des cadres habituels” se veut sans concession et a publié deux ouvrages sur Le Havre. Le travail sur la ville est d’abord visuel, puis l’image laisse la place aux mots, l’ensemble permettant au fil des pages de sentir la commune, ses habitants, son histoire, ses douleurs et son énergie infinie. “Le ciel est dans la ville, cette impression d’espace m’a immédiatement séduite”, raconte Élodie Boyer, éditrice. Elle confie avoir voulu “panser et penser Le Havre”. Avec le romancier Jean Segui, le graphiste Patrick Doan et l’imprimeur néerlandais Arie Lenoir, ils sont à l’origine des “Lettres du Havre – identités réelles et missives imaginaires”, un pari gagnant, primé pour son design reflétant le véritable ADN visuel de la ville, délicatement étudié, approfondi, raconté, avant de s’effacer discrètement devant les lettres imaginaires de Jean Segui. “Le Havre n’est pas influençable car c’est lui qui influence”, explique encore Élodie Boyer. Prendre ces photos permettait aussi de rejoindre les images de son inconscient, celles racontées par ses grands-parents. Car, en 1944, une partie de sa famille est morte sous les bombes des alliés anglais.
 
Dans “Ligne B – Invitation au Havre”, on se sent soudainement havrais, en empathie avec Paul et Colette, petit couple de retraités qui a su s’enraciner banalement dans une vie sans étincelles. Mais quand l’ennui pointe, effleuré par des personnalités finalement assez riches pour s’en emparer, tout devient possible. Le trajet de la ligne B du tram, nouvellement mise en service et véritable “carottage social” pour Jean Segui, sert de lien presque poétique au roman. Au fil des stations, on découvre des visages différents du Havre. Avec les photographies en noir et blanc d’Élodie Boyer, méthodiquement prises à gauche puis à droite des stations, le lecteur vit la ville. Qu’est-ce que ces bourgeois de la Porte Océane vont bien pouvoir trouver à l’autre bout de la ligne, dans le quartier jamais exploré de Caucriauville, où la misère sociale rime avec des valeurs comme l’espoir, l’entraide, le vivre ensemble ou la famille ? La rencontre entre ce couple, propriétaires d’un cossu appartement du Perret, et Océane, jeune fille attachante, est un pied de nez au déterminisme qui rend le lecteur souriant, plongé sans reprendre haleine dans les descriptions fines, attachantes et toujours fidèles de Jean Segui, animé dans tous ses ouvrages par le thème du partage. Difficile de croire qu’il “n’écrit que sous la contrainte”. Les 468 pages se dévorent, les 90 photos en noir et blanc et les pictogrammes cimentent l’histoire et offrent, avec générosité, d’autres niveaux de lecture.
 
 
De la fiction à la réalité, la magie du Havre
Cette année, place aux quartiers populaires du Havre avec K.Danse urbaine. L’artiste Angélina Logis, formée au conservatoire East 15 à Londres, va bientôt tourner un court métrage de 26’ dans sa ville natale. Les talents de rue seront mis à l’honneur dans une version urbaine de Roméo et Juliette, scénario vainqueur de la bourse Pôle Image, Haute Normandie. L’histoire des tensions entre les deux quartiers populaires de la ville, Caucriauville et Mare rouge, va se jouer au cours d’affrontements de danse, dans l’un des sites les plus inspirants de la ville. La sélection de la trentaine de danseurs est en cours et le projet ambitionne une meilleure cohésion sociale.
 
 
Ph.: Sonia Johnson

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