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08/06/2015

Le Nivernais, d'écluse en écluse

la libre,momento,escapade,bourgogne,nivernais,canal,bateau,écluse,auxerreParmi les nombreux canaux de France, le canal du Nivernais est, sans aucun doute, celui qui a conservé le mieux son charme d’antan, avec ses courbes et ses ouvrages d’art. Cinq jours pour une escapade étonnante.
 
Navigation: Thierry Delgaudinne


VERMENTON, UN MARDI À 14 H. Plusieurs personnes terminent leur casse-croûte. Avec une grande dose de sympathie, elles saluent. Elles ont deviné à nos têtes, la raison de notre arrivée. Sans permis de conduire, nous allons naviguer. Durant le trajet qui nous mène à la deuxième écluse, nous allons apprendre. C’est juste une question de sensation.
 
Ensuite, quelques encablures plus loin, après avoir quitté la dérivation qui mène de Vermenton au canal du Nivernais, nous arrivons à Gravant, un petit port. Même si nous n’avons pas encore consommé eau et électricité, en élèves appliqués, nous nous raccordons. Sur la berge, huit camping-cars sont installés pour la nuit.
 
Un petit tour de la cité médiévale s’impose. Gravant est un village rempli de détours, hormis au café du village où quelques clients dégustent un Chablis, c’est chacun chez soi. On vit derrière les murs, les volets sont clos.
 
Good morning
Mercredi, la grande étape, avec arrivée à Auxerre, est programmée. Première écluse, les portes sont fermées. En sens inverse, un bateau s’introduit. Il faut attendre quelques minutes et un Linssen Classic, répondant au nom de Béatrix, nous croise. Le capitaine nous lâche un “Good morning” appuyé.
 
Les écluses se déclinent : Vincelles, Bailly, Bellombre, Toussac, Vaux, Augy… des noms qui dansent en bouche comme les bonbons d’antan. Tout le monde se salue, tout le monde s’entraide !
 
En fin de journée, Auxerre se profile. En entrant par cette voie, on devine que le sport est roi dans la cité du cinéaste Jean-Paul Rappeneau, en voyant les nombreuses pistes cyclables, les installations de l’Olympic Canoë Kayak, et celles de l’AJ Auxerre et son stade de l’abbé Deschamps.
 
Une fois amarré, sans trop de difficultés, il est temps de découvrir les maisons à colombages, l’imposante cathédrale Saint-Étienne, l’abbaye Saint-Germain, tout en sifflotant la chanson de Cadet Roussel, le célèbre huissier excentrique dont la maison était proche du beffroi.
 
En remontant le canal
En quittant la cité d’Auxerre, une escale est obligatoire, les caves de Bailly s’avèrent un passage obligé. À plus de 50 mètres sous terre, de vastes galeries souterraines ont été aménagées en caves.
Ces caves constituent un lieu magique et enchanteur, un écrin pour veiller sur le vieillissement des crémants.
 
Au fil des écluses, les visages familiers reviennent : Christelle, l’éclusière; Jacques, le chauffeur d’un camping-car; Isabelle, la cycliste.
 
On se découvre à être les premiers à saluer les autres, alors que, chez nous, on a souvent du mal à mettre un visage à son voisin. Les petites histoires recoupent la grande histoire dans ces endroits surannés.
 
On ne compte plus les cygnes, escortés de colverts, venant mendier des miettes de pains. Ni les nombreuses fleurs qui attirent quantité d’insectes butineurs dont les papillons comme le Flambé. En marchant sur le chemin du halage, on observe parfois un lézard ou une mante religieuse.
 
Mailly-le-Château, dernière nuit. Une statue de mauvais goût, du genre la petite sirène de Copenhague, indique qu’il est temps de rejoindre Vermenton. Le plus dur reste à faire : revenir devant les professionnels de la navigation. Et surprise, cela se passe aussi facilement que l’enfilement d’un gant.
 
 
Olivier, l’éclusier
 
Le canal du Nivernais est long de 174 kilomètres. Il possède 116 écluses auxquelles il faut ajouter les deux écluses vers Vermenton.
 
Le canal s’affirme comme un élément majeur du développement touristique auquel s’emploient activement les communes traversées”, explique Véronique Beigenger, chargée de presse de Bourgogne tourisme. “Pour le plus grand confort des utilisateurs, les infrastructures, parmi lesquelles sept ports de plaisance et vingt haltes nautiques, ont été modernisées.” Comme plaisancier, on trouve bon nombre de Belges : “Oui, même des deux communautés”, souligne Steve Adams, directeur de France Afloat. “Nous avons d’abord des Français et des Anglais. Beaucoup de Brésiliens, Australiens… Des Asiatiques ? Non, ce n’est pas dans leurs mœurs, cela ne va pas assez vite pour eux.
 
Autrement dit, avec les pêcheurs auprès desquels les navigateurs ont mauvaise presse, avec les nombreux cyclistes, marcheurs de plusieurs pays, les autres navigateurs, cela fait beaucoup de monde avec lequel il est permis de tailler une bavette. N’empêche, les mieux indiqués, ce sont les éclusiers, des personnages hauts en couleurs. Alors qu’il tourne la manivelle sur la rive gauche, on tourne la manivelle sur la rive droite, avant d’ouvrir ou de fermer les vannes. Durant ce temps, on apprend leurs prénoms : Gilles, Christelle, Olivier… Certains vivent dans une maison de l’écluse.
 
Olivier, l’éclusier à la queue-de-cheval, habite l’écluse de Vaux : “C’est un métier particulier, mais pas du tout stressant. Disons que lorsqu’on est en congé, on est sur notre lieu de travail et parfois dérangé. Certains viennent photographier votre citrouille dans le jardin, et sans doute la trouve-t-il belle, il l’arrache et la prenne. D’autres, quand on dessert deux ou trois écluses en même temps, pressés, viennent frapper à la porte. En hiver, par contre, on est seuls. On travaille à la maintenance des écluses.
 
Et Olivier de prendre son portable pour prévenir son collègue qu’un bateau arrive.
 
 
Les trains de bois
 
Au début du XVIe siècle, Paris voit sa population augmenter. Les forêts autour de la Capitale ne parviennent plus à combler les besoins des Parisiens. Le Morvan semble être la solution. Il faut encore trouver le moyen d’amener ce bois vers la Capitale. La Cure, l’Yonne et la Seine sont la solution.
 
En 1547, le premier train de bois rejoint Paris. Ce mode de transport va durer trois siècles. Comment fonctionne-t-il ? Les arbres sont abattus durant la saison hivernale. Chaque tronc est découpé en moulées longues d’un mètre. Au printemps, les bûches sont jetées dans le flot qui les emporte sur l’Yonne et la Cure. Le long des rives, des ouvriers, appelés les poules d’eau, régularisent la descente.
Ensuite, les bûches sont assemblées en immenses radeaux, dénommés trains, qui s’en vont vers la Capitale. À l’ouverture des pertuis, les hommes, positionnés en tête de ces drôles d’embarcations, manœuvrent le long des rives à l’aide d’une perche. Les incidents ne sont pas rares.
 
En 1736, l’idée d’un canal surgit. En 1784, le projet de construction du canal du Nivernais, qui reliera la Loire à la Seine, est né. En 1791, à peine débutés, les travaux sont arrêtés par la révolution. Enfin, en 1841, le canal du Nivernais est inauguré. Mais, à ce moment-là, le commerce du bois est menacé par l’exploitation du charbon. Si bien que les péniches commencent à charger de la houille mais aussi du vin provenant de la région.
 
En 1923, modernité oblige, le canal du Nivernais voit son dernier flot à bûches perdu. Avec les années 70, le canal amorce un nouveau virage et devient un endroit incontournable de la navigation de plaisance.
 
Un train de bois pour Paris
Revivez une partie de l’histoire de France en suivant le train de bois de Clamecy à Paris en 21 jours, empruntant le canal du Nivernais, l’Yonne et la Seine à une vitesse de 6 ou 7 km/heure. Départ le 6 juin. Du 27 juin au 4 juillet, un salon exposition flottage sur le port de Bercy à Paris. Enfin, le dimanche 5 juillet, traversée de Paris par le train de bois jusqu’au port de Boulogne-Legrand.
 
 
Ph.: Th. Delgaudinne

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