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06/06/2015

Dans les labos (futuristes) du luxe

la libre,momento,coulisses,guerlain,usine,rouge à lèvres,fabricationFait assez rare, il nous a été donné l’occasion d’entrer dans le secret des dieux du maquillage.
On est allé traîner notre objectif photo et notre curiosité dans le labo-usine consacré au maquillage et soins de la maison Guerlain. Histoire de mieux comprendre comment se fabrique ce qu’on s’applique sur le visage.

Visite en blouse et charlotte: Aurore Vaucelle
Photographie: Olivier Papegnies/collectif Huma
À Chartres

À UNE PETITE CENTAINE de kilomètres de Paris, dans une zone qui n’est plus agricole depuis longtemps, on a décidé de faire pousser autre chose. En l’occurrence, de grands “labos” destinés à la fabrication mondiale de cosmétiques. C’est ici, dans la “Cosmetic Valley” comme on l’appelle, que la marque Guerlain a installé son usinage de produits de soin et beauté. C’est donc de ce gros cube blanc, posé au milieu d’un champ, que sort la production mondiale de make-up et soins Guerlain. Tous les petits pots de crème, rangés sur les étagères des boutiques de Tokyo, Shangaï, New York et Paris sortent d’ici, résultat d’un travail d’une grande minutie.
 
Faire du maquillage et du soin s’apparente de près à la fabrication des médicaments. Le site tout neuf dit de “La ruche” (en référence à l’abeille qui apparaît sur les flacons Guerlain) s’est d’ailleurs mis aux normes de fabrication pharmaceutiques en prévision de l’avenir. Les normes en la matière deviennent de plus en plus pointilleuses, et on le comprend, ces produits sont sous l’œil du mouchard. Non seulement ils doivent être parfaits et jolis et sentir bon – luxe oblige –, mais ils doivent aussi répondre à des normes microbiologiques et dermatologiques d’exigence. Après tout, le microbe est un peu partout au-dessus de nos têtes, et le boulot des équipes de Guerlain, ici, c’est de ne surtout pas enfermer le microbe dans le précieux pot de crème. Bon, d’accord, c’est un peu réducteur cette explication, donc on entre dans le vif du sujet.
 
De la matière première au produit de luxe
La visite de ces labos nécessite d’être paré comme un laborantin, charlotte et petites chaussures qui nous font avancer dans un relatif silence religieux, celui d’un labo usine où tout le monde turbine comme une petite abeille dans la ruche. Pour répondre à la production mondiale de la marque (8 millions de produits compactés alias “poudres de teint” sont, par exemple, nécessaires pour répondre aux besoins du marché), 350 personnes se relaient en ces murs selon l’organisation des trois “huit”. Nuit et jour, on fabrique, ici, des produits issus de techniques d’usinage ultra modernes. Les machines, derrière les vitres, ressemblent d’ailleurs de près et de loin au robot HAL de “2001, Odyssée de l’espace”.
 
Jean-Christophe Goursaud, directeur industriel et responsable du site, éclaire nos lanternes sur le fonctionnement de ces engins, gigantesques cuves reliées à la fois à des tubes tentaculaires et à des ordinateurs de bord. “Les formules des produits cosmétiques sont rendues de plus en plus complexes, les mélanges sont multiples. Une grande partie de ces formules répond désormais à un fonctionnement informatisé, sous contrôle de l’humain.”
 
Rendez-vous dans le hangar à matières premières. Sur les 4000 m2 qui s’étendent devant nous, des bidons et des bidons… Mais ici, le bidon le plus basique prend de la valeur. Tenez, celui-ci, au hasard, est rempli de nacre, pour donner un peu de brillant aux rouges à joues. Celui-ci contient un polymère. Pourquoi des polymères ? Eh bien, cette matière quelque peu pâteuse est, en fait, la base des mascaras qu’on appose sur ses cils, pour obtenir l’effet “œil de biche”. Le bidon suivant est rempli de pigments à rouges.
 
Dans la maison (mais on ne nous dira pas où), on stocke aussi de l’extrait d’orchidée que l’on trouve dans le précieux sérum de la maison Guerlain (“Orchidée impériale”, le sérum qui fait rajeunir). “Ces extraits d’orchidée prennent trois ans pour être récoltés. L’orchidée vient du Sud de la Chine : elle pousse dans des ‘jungle farms’ en haut des arbres séculaires. Le cueilleur-grimpeur récolte le précieux produit là-haut, ‘précieux’qui sera ensuite envoyé dans un labo où en sera extrait le principe actif, principe actif que l’on pourra ensuite insérer dans la crème anti-vieillissement.” Les produits de soin les plus magiques utilisent donc, en premier lieu, les bienfaits de mère Nature.
 
La découverte des procédés de fabrication industriels, la manipulation d’autant de produits distincts invite à poser la question suivante : quid du contrôle qualité de ces produits de l’intime ? C’est alors que l’on passe du monde des grosses machines derrière leur cage de verre, au monde des laborantins, étape ultime de la fabrication de maquillage et soins.
 
 
Le parcours d'un rouge à lèvres
 
 
la libre,momento,coulisses,guerlain,usine,rouge à lèvres,fabricationAu départ de tout  projet, le désir…
 
Voilà que vous passez la porte de la boutique Guerlain, au numéro 68 des Champs Elysées, à Paris. Vous êtes attiré par cette devanture en fer forgé et l’esprit élégant qui se dégage de ce logo encore écrit en lettres manuscrites.
Sans que vous ne compreniez vraiment comment, vous vous retrouvez dedans, à regarder les rouges qui s’alignent les uns à la suite des autres, donnant tout leur sens au joli mot “variation”. Allez-vous choisir un vermillon ou un cerise, ou encore un sanguin… ? Quand, tout d’un coup, votre geste de consommateur s’arrête : mais, au fait, comment est fabriqué ce rouge à lèvres Guerlain ? Puisque vous le demandez, on est allé chercher la réponse.
 
 
la libre,momento,coulisses,guerlain,usine,rouge à lèvres,fabricationÀ la recherche de la réponse pour le lecteur
 
Les laboratoires soin et beauté de la maison Guerlain se situent à Chartres, dans la grande périphérie de Paris. Chartres est connu pour sa cathédrale avec son labyrinthe médiéval peint au sol, mais là on s’égare… La région de Chartres est aussi surnommée la “Cosmetic Valley”. Dans cette zone industrielle aux technologies avancées, on trouve aussi les labos des marques Dior et Clarins.
 
 
la libre,momento,coulisses,guerlain,usine,rouge à lèvres,fabricationLa matière première, c’est quoi ?
 
Le saviez-vous ? La base d’un rouge à lèvres, c’est de la cire. Les rouges à lèvres de haute tenue sont le résultat d’un mélange de cires végétales, mais pas que, des cires tendres et dures, et ce, afin d’obtenir un bon compromis entre couvrance et texture. Dans les labos Guerlain, on tombe nez à nez avec d’énormes bidons bleus qui ne sont, ni plus, ni moins, que le rouge à lèvres à son état initial. Bon, il y a du boulot en matière de transformation.
 
 
la libre,momento,coulisses,guerlain,usine,rouge à lèvres,fabricationLa formule du produit
 
D’abord, Olivier Echaudemaison, responsable du maquillage et directeur créatif chez Guerlain, pense une couleur pour une saison. Ensuite, laborantins et coloristes s’attellent à réaliser cette couleur. “On fait nous-même nos couleurs”, dixit Jean-Christophe Goursaud, responsable du site. “On ne travaille qu’avec des teintes de base, des pigments naturels mais aussi synthétiques. À chaque fois, il faut trouver les bonnes proportions pour reproduire la même teinte. Ces teintes ne sont pas toujours bonnes du premier coup, et pour cause, le pigment est une matière instable. Il y a un grand travail autour de la maîtrise de la couleur, d’ailleurs une couleur de rouge à lèvres peut compter jusqu’à 1l de pigments différents.”
Vu la volatilité des pigments et la précision du travail à réaliser, on comprend qu’il se déroule derrière les vitres d’un labo hyperhermétique.
 
 
la libre,momento,coulisses,guerlain,usine,rouge à lèvres,fabricationUne cire rouge
 
On s’approche d’un technicien qui taille à la hache cette masse compacte de cire cramoisie. La question des visiteurs ingénus fuse : “M’sieur, avec toute cette matière, combien fera-t-on de rouges à lèvres ?” “Avec ça, (il déplace la masse pour couper dedans… Tout ce rouge, ça fait un peu penser à un boucher), on fabriquera près de 1500 tubes. En fait, ici, ce que je fabrique, ça s’appelle le Kiss Kiss”, dit notre boucher dans un large sourire – un spécialiste du Kiss Kiss, semble-t-il.
 
 
la libre,momento,coulisses,guerlain,usine,rouge à lèvres,fabricationLa machine qui fait tourner les rouges
 
On arrive dans l’atelier des lignes de montage sur lesquelles on voit déambuler, en rang serré, les rouges à lèvres, rouges de fierté, prêts à embrasser des filles. On suit pieusement l’explication du directeur industriel : “Voyez, quand le rouge à lèvres arrive au bout de la machine, il est solidifié. Donc, on le récupère, on le met dans son emballage…” Les visiteurs font de gros yeux. On voudrait bien l’explication depuis le début… O.K.
“La cire rouge est posée dans un moule (ici, le moule Kiss Kiss). Au bout de la chaîne, la cire a refroidi, un (habile) bras de la machine attrape le raisin de rouge à lèvres et le place sur le mécanisme tournant.”
Devant nos yeux, les petits rouges à lèvres poursuivent leur route vers le contrôle qualité. Devant un expert, le rouge va tourner sur lui-même, tandis qu’il est observé sous toutes ses coutures. S’il est parfait, le bâtonnet de couleur rejoint son rutilant emballage, avant de se retrouver dans le sac à main d’une fille.
 
 
la libre,momento,coulisses,guerlain,usine,rouge à lèvres,fabricationLe produit fini et convoitable
 
Désormais, et parce que vous savez tout sur sa fabrication, vous pouvez dessiner vos lèvres en rouge, les yeux fermés, et par extension, poser vos lèvres ainsi colorées sur la joue de quelqu’un que vous appréciez.
(Rouge à lèvres Kiss Kiss Guerlain, 39 €)

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