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06/06/2015

Humberstone, une ville fantôme dans la Pampa

la libre,momento,escapade,chili,humberstone,ville fantômeLa cité minière abandonnée en 1959 s’offre sans retenue aux visiteurs. Une expérience unique.

Errances: Frédérique Masquelier


LE SOLEIL EST AU ZÉNITH. Le vent fait voler la poussière des rues en terre battue, claquer les portes et vibrer les tôles rouillées. La cité minière d’Humberstone est déserte, et pourtant étrangement… habitée. Ville fantôme plantée au milieu de nulle part, dans la Pampa désertique et reculée de la région de Tarapacá, au Nord du Chili, à 45 km à l’Est d’Iquique et de son port, l’usine de salpêtre s’est assoupie suite au départ de ses travailleurs, au tournant des années 60. Au total, pas moins de 3000 habitants – les Pampinos – ont fait leurs valises voici plus de 50 ans, laissant à tout jamais derrière eux une part de leur vie et de leur histoire. Mais aussi de l’histoire de leur pays, tant économique que sociale.
 
Fondée en 1872, Humberstone, originellement connue sous le nom de La Palma, est le témoin privilégié de l’industrie chilienne du salpêtre, qui a contribué à l’âge d’or du pays un siècle durant. Elle est, avec sa voisine Santa Laura, l’une des deux dernières usines d’extraction du plus grand gisement de salpêtre au monde encore visibles, sur plus de 200 aujourd’hui disparues. Utilisé depuis l’époque pré-hispanique comme engrais pour l’agriculture, le salpêtre éveille l’intérêt du reste du monde, Europe en tête, puis États-Unis, Russie, etc., dès 1820. Bientôt, le Chili s’impose en premier producteur à l’échelle du globe, en éliminant la Bolivie et le Pérou de la course suite à la Guerre du Salpêtre, en 1879. L’ascension qui le propulse au sommet est alors rapide  : en 1890, l’or en poudre compte pour moitié du produit intérieur brut du pays; en 1913, il représente 80 % des exportations. Jusqu’à la découverte de la fabrication de salpêtre à partir d’ammoniac, après la Première Guerre mondiale, provoquant la chute de l’empire minier chilien.
 
S’étendant sur près de 600 ha, Humberstone peut se targuer de posséder des zones résidentielles extrêmement bien conservées, les infrastructures industrielles étant plutôt le fort de Santa Laura. C’est précisément ce qui rend la visite de la cité minière rebaptisée en hommage à l’ingénieur chimiste britannique James T. Humberstone, saisissante. Émouvante, même. Au fil des rues, dessinées sur base d’un plan orthogonal à l’américaine, s’alignent les logements des travailleurs et de leurs familles, mais aussi tous les services nécessaires à la vie d’une petite communauté : hôpital, église, bar, halles, garage, école, piscine, terrains de tennis et de basket, théâtre, caserne de pompier, hôtel… Tout y est. Vieilli, certes, mais quasi intact. Réaliste et surréaliste.
 
L’ensemble est entièrement accessible au visiteur, qui s’aventure, en passant au hasard le pas des milliers de portes, dans l’intimité et le quotidien des Pampinos. Comme dans un film en rouille et blanc, la vie et la culture de ce peuple de la Pampa, façonnées par l’industrie salpêtrière, défilent dans l’imagination des curieux, un peu… voyeurs. C’est qu’Humberstone est un lieu symbolique et évocateur, à plus d’un aspect. Et ce, particulièrement pour les anciens ouvriers et leurs familles, qui s’y rassemblent encore en souvenir et commémoration de leur passé, à l’occasion de la Semaine du Salpêtre.
 
Le site est classé Monument national depuis 1995 et patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2005.
 

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Ph.: F. Masquelier

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