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08/06/2015

Popcorn Time, et Hollywood crépite

La Libre, Momento, Pixels, Popcorn Time, téléchargement, filmsDepuis une grosse année, le Netflix pirate fait la nique à l’industrie du cinéma. On s’y gave de presque tout : séries, films, animés, en HD, avec sous-titres et une interface léchée. Seul lézard : l’utiliser, c’est illégal.

Alexis Carantonis


IMAGINEZ NETFLIX, mais en mieux. Sans débourser le moindre cent. Avec, a contrario de Netflix, la quasi-totalité des nouveautés cinéma et télé (des épisodes de séries disponibles quelques heures après leur diffusion télé originale, par exemple). Sans limite de catalogue (Popcorn Time se contrebalance littéralement des droits). En SD (480 p), en HD (720 p), en Full HD (1080 p). Avec les sous-titres et, détail qui ne gâche rien, une interface graphique léchée et intuitive. L’Éden du consommateur de vidéos, qui se fiche bien de rétribuer l’industrie du cinéma ? Absolument. À un détail près, et non des moindres  : Popcorn Time, qu’on se le dise, est parfaitement illégal.
 
“Fait avec cœur par des geeks des quatre coins du monde.” La catchphrase qui s’affiche à l’ouverture du logiciel (ou de l’application) Popcorn Time en dit long sur la philosophie du concept. Bébé précoce de l’an 2014, il est le fruit de deux développeurs argentins aux doigts de fées et bouffeurs de code. Ils ont abattu un boulot titanesque : en ouvrant Popcorn Time, il vous suffit de choisir le contenu que vous voulez voir (film, série, animé); de cliquer sur la vignette de l’œuvre en question et, bingo, la vidéo se lance. L’attente est très rarement plus longue que le préchargement du streaming vidéo de Netflix. Rien à faire, pas de lien à aller dénicher sur la Toile, pas de tracker, pas de FTP, pas de débrideur : vous ouvrez, cliquez sur la photo du film, et roulez jeunesse.
 
Techniquement, la technologie qui se planque derrière Popcorn pourrait être qualifiée d’hybride. Sa vitesse d’exécution laisse penser à du streaming vidéo (exactement comme YouTube ou Netflix), mais il s’agit en réalité de peer-to-peer, via le client Bitorrent. Ce qui veut dire que le fait de consulter le fichier vous transforme automatiquement en relais de la chaîne de partage. Le fichier n’est en tant que tel pas hébergé sur votre disque dur : il se précharge, en cache, pour permettre de lancer la vidéo rapidement. Ce cache est vidé dès la fermeture de l’application (pas de stockage, donc). Mais, de base, à moins d’utiliser des petits softs permettant de bloquer toutes les connexions sortantes, lorsque vous consommez une vidéo sur Popcorn Time, vous la partagez. Donc vous la diffusez. C’est ici qu’on bascule dans le côté obscur de l’illégalité.
 
Une fermeture… inutile
Rapidement pris d’assaut par la communauté web, Popcorn Time a vite attiré l’attention des majors d’Hollywood, évidemment furibardes de voir leurs droits d’auteurs pillés. Hollywood a gagné la manche en mars 2014, obtenant la fermeture de Popcorn Time, et l’abandon de ses deux créateurs argentins. Mais c’est ici que le système a montré son invulnérabilité : les développeurs ont publié l’intégralité du code source de Popcorn Time, en licence libre, sur Github, une plateforme d’hébergement de logiciels libres. L’effet fut instantané  : dans les heures et jours qui suivirent, des versions alternatives de Popcorn crépitaient sur la Toile. Des forks qui ont fait long feu pour la plupart, mais peu importe : Popcorn Time a montré, ce jour-là, qu’il était inarrêtable. Aujourd’hui, des millions de personnes l’utilisent chaque jour, l’immense majorité en illégalité. Une illégalité qui pointe vers l’utilisateur, pas la plate-forme en soi. Et le piège de se fermer sur la souris Hollywood.
 
Risques réels mais limités
Des utilisateurs allemands, américains et français ont déjà eu la désagréable surprise de recevoir un courrier accompagné d’une amende pour téléchargement illégal. Pas de précédent en Belgique. Ces cas sont très médiatisés, mais dans les faits, plutôt rares  : les ayant droit sont trop occupés à mener la guerre contre les plates-formes de distribution que pour prendre le temps de s’attaquer aux petits consommateurs. Le gouvernement belge a, néanmoins, précisé, plus tôt dans l’année, vouloir prendre la problématique à bras-le-corps. Mais toujours pas d’Hadopi sauce belge pour l’instant. En théorie, utiliser Popcorn Time vous place dans une situation illégale qui contrevient à la législation sur les droits d’auteur et peut vous coûter cher. Dans la pratique, en revanche, le risque d’être inquiété est quasi-nul.
 
Du coup, les moyens de pression ont été délocalisés  : l’industrie du film pousse Google à déréférencer les pages à partir desquelles télécharger le logiciel ou l’application. Pas encore de manière suffisamment efficace, toutefois. Popcorn Time est, pour l’heure, l’ennemi numéro un de Netflix et d’Hollywood, et le symbole de la lutte pour le partage de la culture sur Internet. Entre ces deux extrêmes, il fait surtout le bonheur de millions de consommateurs qui se moquent bien des intérêts de ces deux idéologies, et veulent juste se gaver de vidéos à l’œil. En croisant les doigts pour que, à l’inverse de Megaupload, l’orgie dure.

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