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15/06/2015

Les Everglades, hostiles et magiques

la libre,momento,escapade,voyage,everglades,florideDes marais à perte de vue infestés d’alligators, de crocodiles, de serpents venimeux, de panthères noires, de pumas, d’aigles, de vautours et d’arbres empoisonnés… Bienvenue aux Everglades, immenses marécages au sud de la Floride qui attirent plus d’un million de visiteurs par an.
 
À l’aventure: Slim Allagui


LES VISITEURS DES EVERGLADES seraient-ils des intrépides à la recherche de sensations fortes, prêts à défier tous les dangers ? Peut-être pour certains qui se mettent dans la peau d’Indiana Jones, mais la plupart viennent pour découvrir ce parc national classé au Patrimoine de l’humanité de l’Unesco et déclaré “réserve de la biosphère”.
 
A première vue, ce parc de nature sauvage, le troisième plus grand parc des Etats-Unis après Yellowstone et Death Valley, n’a rien de spectaculaire avec ses larges étendues d’eau herbeuse parsemées de quelque 10 000 îlots, mais il renferme une faune et une flore d’une richesse exceptionnelle, sanctuaire pour plusieurs espèces menacées d’extinction. La végétation luxuriante de palétuviers, tamariniers, palmiers, acajous, cyprès, pins et chênes verts confère au site une beauté captivante de forêt tropicale dans une des plus grandes zones humides du monde.
 
La région des Everglades (surnommés les marécages éternels), vieille de 6 000 à 8 000 ans, couvre plus 25 000 km², dont le quart est occupé par le parc national. Ses eaux, alimentées par le fleuve Kissimmee et le lac Okeechobee, coulent paisiblement sous son manteau d’herbes sur 160 km, de l’intérieur des terres vers le golfe du Mexique, à une vitesse de 400 m par jour.
 
Appelée par les Indiens – ses premiers habitants – Pa-hay-okee (eau herbeuse), elle abrite un millier d’espèces de plantes, des centaines de variétés de poissons, d’amphibiens, de reptiles, de mammifères et d’oiseaux, dont certaines sont en voie d’extinction comme le lamentin des Caraïbes et la panthère noire de Floride. Son système de mangroves est l’un des plus étendus du monde, constituant une défense naturelle de la Floride contre les ouragans.
 
Plus vaste milieu subtropical d’Amérique du Nord, les Everglades, traversées par l’US 41, la Tamiami Trail, et quadrillés par 2 250 km de canaux et 60 stations de pompage pour drainer l’eau des marécages afin d’irriguer les zones agricoles avoisinantes, a souffert de l’urbanisation amorcée au début du XXe siècle qui menaçait leur équilibre fragile.
 
Sous la pression des défenseurs de la nature qui ont multiplié les mises en garde contre la disparition de cet écosystème unique, le gouvernement américain a décidé de créer un parc national sur le site en 1947, qui sera classé au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1979.
 
Les Everglades continuent toutefois d’être menacés au point que l’Unesco a inscrit le lieu, récemment en 2007, sur la liste du patrimoine de l’humanité en péril suite à la dégradation de son système aquatique en raison des grandes quantités d’eau déviées vers les zones urbaines.
 
De nouvelles menaces planent aujourd’hui face à l’invasion des pythons birmans devenus une plaie pour le parc national. Voraces, ils ont dévoré quasiment tous les lièvres, renards, chevreuils, ratons laveurs et autres belettes se trouvant à leur portée. Ils s’attaquent même aux alligators et panthères, et par conséquent à l’écosystème fragile et unique des “marécages éternels”.
 
Ils ont trouvé refuge dans les Everglades, selon les herpétologues, après avoir été abandonnés dans les marais par leurs propriétaires, amateurs de reptiles exotiques, car devenus trop grands et dangereux, ou après s’être échappés des zoos et animaleries de Floride à la suite de l’ouragan Andrew en 1992.
 
Leur prolifération inquiétante (leur nombre est estimé entre 30 000 et 100 000) préoccupe les autorités qui ont lancé des campagnes de chasse pour les capturer ou les tuer. Déjà inquiète par l’arrivée des pythons birmans, la Floride a reçu de nouveaux visiteurs, les pythons des montagnes africaines – remis en liberté par leurs propriétaires – l’un des pires cauchemars des Etats-Unis, selon un scientifique Kenneth Krysko, à Miami, craignant qu’ils n’aient déjà trouvé un habitat dans les Everglades.
 
Mais pas de panique ! A moins de parcourir seul les îlots des Everglades, vous aurez peu de chances de rencontrer ces prédateurs, sauf lors de spectacles dans les différentes attractions du parc où vous pourrez même, en toute sécurité, vous faire photographier avec eux autour du cou. Frissons garantis.
 
Hostiles, mais magiques, les Everglades méritent le détour pour découvrir ce site singulier et incontournable, qui risque à terme de disparaître en raison du réchauffement climatique. Le président américain Barack Obama s’y est rendu le 22 avril à l’occasion de la Journée mondiale de la Terre, pour tirer la sonnette d’alarme. Si nous n’agissons pas, il n’y aura plus les Everglades que nous connaissons, a-t-il mis en garde, car la montée du niveau des océans met en péril ce trésor national (en infiltrant les Everglades et endommageant leur écosystème unique et fragile, NdlR) et le moteur économique de l’industrie touristique de la Floride.
 
la libre,momento,escapade,voyage,everglades,florideUn tour en “airboat”
 
“Et gardez bien vos mains à l’intérieur du bateau. Les alligators sont très friands…” John donne sa dernière recommandation à la douzaine de touristes, appareils photos et portables à la main, à bord de son “airboat”, un hydroglisseur à fond plat propulsé par une hélice géante. Captain John, visage buriné par le soleil, prend place sur un siège surélevé à l’arrière de l’embarcation en renouvelant ses conseils de prudence. Il raconte qu’un de ses collègues a vu, trois ans plus tôt, sa main avalée par un alligator qu’il voulait nourrir pour épater ses passagers. “Elle a été retrouvée intacte dans le ventre du reptile abattu. Il savait pourtant qu’il était interdit de donner à manger aux animaux sauvages sous peine d’une amende de 5 OOO dollars.”
 
Nous voilà avertis. L’airboat glisse lentement telle une libellule dans le dédale de la “grass river” (la rivière d’herbes). Un cormoran vole dans le ciel. Au loin un héron se pose sur un hammock (un îlot). Attention ! On y va, mettez vos boules Quies, s’écrie John en poussant sa machine à fond dans un vacarme étourdissant, prenant des virages époustouflants pour nous amener à la mangrove qu’on pénètre en douceur, le temps de prendre des photos d’un ibis.
 
Notre voisin de bord, un Américain de l’Illinois, nous montre un alligator assoupi entre les branchages. C’est la star. Tous les passagers tournent leurs regards et leurs objectifs en se demandant : Va-t-il bouger ? Captain John l’appelle avec son surnom mais “Nicky” reste insensible à son cri. Retour à l’embarcadère pour voir dans l’Alligator Farm le prédateur en captivité, taquiné par un ranger qui lui ouvre la mâchoire, avant de déguster à la cafétéria des “nuggets de gator” , à la chair entre veau et poulet.
 
Les Everglades abritent plus de 1,3 million d’alligators qui cohabitent avec quelque 1 000 à 2000 crocodiles. C’est le seul endroit au monde où coexistent ces deux reptiles, qui s’aventurent parfois dans les piscines et pelouses des propriétés avoisinantes, donnant des sueurs froides aux habitants avant d’être capturés par une police spéciale.
 
 
Ph.: S. Allagui

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