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27/06/2015

La route Verlaine Rimbaud

la libre,momento,escapade,route,verlaine,rimbaud,ardenne,charlevilleUne histoire à écouter, deux génies que tout opposait, deux destins à revivre dans une Ardenne insoumise, à l’image de ses deux plus grands poètes. Retrouver les villages qu’ils ont parcourus souvent à dix ans de différence, des cheminements capricieux et sinueux.

Parcours: Thierry Delgaudinne


COMMENÇONS LE NÔTRE À PALISEUL, où Paul Verlaine puise ses racines paternelles. Face au café Verlaine, on découvre la maison de sa tante, sur laquelle est adossée l’inscription gravée sur une plaque de bronze : “Ici joua Paul Verlaine”. Juste en face, on remarque la rue Paul Verlaine. Pas loin de la place, on croit entendre la diligence de Sedan qui amène le gamin chez sa tante, pour passer ses vacances à Paliseul mais aussi à Jéhonville, Bertrix… Des circuits de promenade nous emmènent sur les pas du poète maudit. Paul Verlaine a donc dix ans, quand à une soixantaine de kilomètres de Paliseul, de l’autre côté de la frontière, naît Arthur Rimbaud.
 
Charleville-Mézières, la gare, là où tout commence, les départs de Rimbaud pour Paris, Marseille, mais surtout la rencontre entre un officier grand, blond, le regard qui porte loin et rarement sur la terre et une paysanne ardennaise, croyante, aimant la terre. Ils se marient, et de cette union vont naître cinq enfants. Arthur est le deuxième. Dans le parc devant la gare, une promenade Rimbaud, un buste de Rimbaud et enfin sur des dalles des phrases de Rimbaud : “Je ne pourrai jamais envoyer l’amour par la fenêtre”.
 
Il nous a livré en plein front son enfance dans les poètes de sept ans”, raconte François Allard, de l’office du tourisme de Charleville-Mézières, “un poème magnifique qui annonce son caractère révolté. Verlaine, c’est le poète de la forme. Le poète du fond, le vrai poète social, c’est Rimbaud.
 
Et les rues de Charleville s’ouvrent devant nous. La maison natale mentionnée, ensuite à gauche, la seconde maison où a vécu Arthur ou à droite le collège qu’il a fréquenté. On remarque le restaurant “La table d’Arthur”, le restaurant “le Rimbaud”, “les ruches d’Arthur”, “la cuvée d’Arthur”, “la librairie Rimbaud”, “l’Espace Rimbaud”, “le quai Rimbaud”… même les coiffeurs se le disputent : “La mèche d’Arthur” ou “Hair Rimbaud”… Jugez du peu, c’est l’Arthur-mania ! Même sur le mur des chambres de l’hôtel de “La Clé des Champs” sont inscrits des poèmes.
 
On vient du monde entier pour rendre hommage à Rimbaud”, explique Patricia de ‘La Maison des Ailleurs’. La semaine passée, ce sont deux Péruviens que nous avons rencontrés. Certes, il y a son génie poétique mais il avait aussi une figure d’ange. Il faut voir les collégiennes quand elles le découvrent.
 
Pourtant, Arthur n’aimait pas Charleville : “suprêmement idiote entre les villes de province”. Et dans tout ça, rien pour Paul Verlaine, une forme d’ingratitude car Rimbaud aurait-il été Rimbaud sans Verlaine ?
 
Bien après la vie parisienne, quelques errances entre la Belgique et l’Angleterre, Verlaine a enseigné à Rethel durant trois ans, croyez-vous qu’on a baptisé le collège de son nom ?”, interroge Marc Gaillot, du musée Verlaine à Juniville. “L’œuvre doit être plus importante que l’homme. C’est alors qu’il était à Rethel qu’il a compris qu’il ne revivrait plus jamais avec Mathilde. En août 1879, accompagné d’un de ses élèves, il quitte le collège et s’installe à Coulommes, chez les parents de Lucien. Là, Verlaine redécouvre la campagne. Sa mère lui offre une ferme à Juniville, à 150 mètres de l’auberge du Lion d’or, où il finira d’écrire et de corriger Sagesse.”
 
A la fin du XXe siècle, un musée s’est ouvert dans cette auberge restaurée et reconstituée avec ses meubles et objets d’époque. Après Rethel et Juniville, il nous reste une ultime étape, Roche, le village de la mère d’Arthur, où il a écrit “Une Saison en Enfer”.
 
 
Ailleurs en Belgique
Rimbaud arrive à Paris en septembre 1871. Mathilde, l’épouse de Verlaine, a écrit leur première rencontre dans ses Mémoires : “C’était un grand et solide garçon à la figure rougeaude, un paysan. Il avait l’aspect d’un jeune potache ayant grandi trop vite car son pantalon écourté laissait voir ses chaussettes de coton bleu tricotées par les soins maternels…
 
Très vite, Rimbaud dépend matériellement de Verlaine. Dix mois plus tard, Rimbaud annonce à Verlaine son départ pour la Belgique. Comme toujours dans leur histoire invraisemblable, on ignore qui convainc l’autre, mais Verlaine le suit. Ils passent par Walcourt, Charleroi avant d’arriver à Bruxelles.
 
Ils logent au Grand Hôtel Liégeois, raconte Marc Gaillot. “On sait très peu de cette période, mais entre les lambics et le faro, ils ne mènent pas une vie d’ermites. Mathilde arrive alors pour récupérer son mari.
 
On sait déjà que Verlaine va accepter de retourner avec son épouse mais que Rimbaud se glissera dans le train et qu’à la douane, les deux poètes se feront la belle. Les deux pigeons voyageurs se promènent en Belgique : Charleroi, Malines, Liège… Et le 7 septembre 1872, départ d’Ostende pour Londres. Après quelques mois, Verlaine se lasse et surtout est toujours interpellé par Mathilde. Alors Verlaine s’en va et Rimbaud, désargenté, lui écrit : “Reviens, reviens, cher ami, reviens…
 
C’est finalement Rimbaud qui rejoint Verlaine à Bruxelles. Ils déménagent le lendemain et s’installent rue des Brasseurs, à l’Hôtel de la Ville de Courtrai. Ils boivent, ils se disputent. Vers 9 heures, le 10 juillet, Verlaine achète un revolver chez l’armurier Montigny, dans les galeries Saint-Hubert. A l’hôtel, il tire sur Rimbaud, qui est soigné à l’hôpital Saint-Jean… Un procès suivra.
 
Verlaine sort de la prison de Mons, le 16 janvier 1875, plus tôt que prévu car il bénéficie d’une remise de peine de cent soixante-neuf jours. Sa mère l’attend devant la porte. Les gendarmes les emmènent à la gare, Verlaine est expulsé de Belgique.
 
 
Illustration: Gaëlle Grisard

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