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04/07/2015

La Hesse, un enchantement en toutes saisons

La Libre, Momento, Escapade, La Hesse, Allemagne, Cassel, Kassel, châteauxLe cœur géographique de l’Allemagne fédérale est un gigantesque poumon de verdure où les trésors se cachent derrière chaque colline.
 
Philippe Farcy


UNE FOIS PASSÉ LE RHIN, en fonçant sur l’Est, les forêts et les grandes prairies débutent. Direction Cassel (Kassel), à ne pas confondre avec le Cassel des Flamands de France, posée sur un promontoire qui permet de voir l’Artois à 40 kilomètres.
 
Ici, Cassel est plutôt encaissée dans une vallée, tout en dominant quelque peu la Fulda, belle rivière qui vient de recevoir l’Eder et qui file vers le Nord (Brême) en se mariant avec la Werra pour former la Weser.
 
De Cassel, il ne reste pas grand-chose du fait de la dernière guerre mondiale (80   % de destruction) et comme notre mini-trip était dévoué aux châteaux, nous montâmes avec force conviction vers les châteaux des Landgraves laissant derrière nous le Fridericianum, musée et palais, parmi les plus riches du Land de Hesse. Il fut livré en 1779 et dessiné par l’architecte d’origine française Simon-Louis du Ry.
 
C’est ici qu’Arnold Bode lança en 1955 la “Documenta”. Le lieu est donc un temple de l’art contemporain. D’ailleurs, à partir du 17 juillet s’y tiendra une grande rétrospective sur Marcel Broodthaers (jusqu’au 11 octobre). En quittant la ville vers le Nord, on trouve les résidences des Landgraves de Hesse.
 
Le Wilhelmsehöhe répond au palais du centre-ville par l’immensité de ses façades. Mais au fil du temps et des besoins, il a été agrandi et orné d’ailes courbes jointives qui lui donnent une texture visuelle remarquable. Malheureusement, là aussi, les bombes tombèrent en 1941 et 1943, ne laissant que des murs vides, sauf sur l’aile occidentale. Le château possédait un dôme. Il l’a perdu.
 
L’aile préservée sert de repère à l’art de vivre princier du XVIIIe siècle. Au centre, le château fut évidé et transformé en un musée de peintures anciennes dont la richesse laisse pantois. Il n’y a qu’à Amsterdam et à Berlin que l’on voit autant de toiles de Rembrandt. Et il n’y a qu’Anvers pour rivaliser avec les toiles de Rubens. C’est tout bonnement incroyable et nous ne vous parlons pas des centaines d’excellents maîtres nordiques, italiens ou français qui s’y trouvent accrochés. C’est dans ce palais que résida Joseph Bonaparte, roi de Westphalie. Son neveu Napoléon III y résida aussi, mais en exil, du 5 septembre 1870 à mars 1871, venant comme prisonnier de Sedan, en train.
 
Le château est situé à mi-colline et la vue y est splendide. Puis on peut gravir le parc, immense, voir ses fabriques incroyables autour des jets d’eau et d’un aqueduc faussement en ruine, imaginé dès la fin du XVIIe siècle; il est classé à l’Unesco depuis 2013. On atteint alors un second château, lui aussi faussement en ruine, qui sert également de musée (bronzes du XVIIe siècle et tapisseries flamandes).
 
C’est le Löwenburg construit par l’architecte H.-C. Jussow, entre 1793 et 1798, dans un style “Gothic Revival”, déjà à la mode en Grande-Bretagne depuis les années septante. Il abritait, jadis, les amours secrètes de quelques princes bienveillants (sauf quand ils y enfermaient une de leurs maîtresses). Les décors intérieurs datent des années 1810-1860.
 
Enfin, il y a le dernier palier, couronnement d’une puissance princière qui est personnalisée par un gigantesque Hercule en cuivre haut de 70 mètres. Il copie une œuvre antique conservée à Naples et il fut installé là vers 1715.
 
Quittons la capitale de ce Land pour aller dans ce qui personnalise l’Allemagne de jadis, c’est-à-dire un émiettement d’États souverains adossés à des princes souvent rivaux. Bad Arolsen est dans notre ligne de mire au Nord-Ouest de Cassel.
 
C’est toujours le fief des princes de Waldeck-Pyrmont dont le chef de Maison réside dans une des ailes. Cette famille donna une duchesse d’Albany aux Anglais et, aux Pays-Bas, une reine jeune et dévouée. C’était la reine-régente Emma (1858-1934) dont les souvenirs abondent au château, de la chapelle qui renferme un magistral tableau italien du début du XVIe siècle (une “Dernière Cène”, sans doute de Dosso Dossi), et des vitraux remarquables.
 
Le château peint en jaune paille est d’un style Louis XV des plus agréables, posé en fin de village. Lequel patelin ancien s’organise sur une longue ligne droite menant de la gare au temple puis au château. L’unité architecturale du village lui donne du caractère, et c’est un festival de couleurs rafraîchissantes.
 
Les Waldeck possédaient, par ailleurs, le château-fort dont ils tirent leur nom. C’est le siège antique de leurs domaines qui descendaient sans doute jusqu’à Frankenberg. Cette fois, on est au Sud-Ouest par rapport à Cassel. Cet édifice imposant est devenu un hôtel assez luxueux. Il surplombe l’Edersee et son barrage. Le paysage est le clou de ce lieu; il est majestueux en toutes saisons. Au printemps, quand les brumes se lèvent lentement à travers les collines et quand les arbres donnent leurs premières feuilles fraîches, c’est magique. Le romantisme n’est jamais loin, d’autant que de petits voiliers filent dans tous les sens et qu’un joli bateau à touristes fait du cabotage comme sur le lac Léman ou de Thoune, en Suisse. Nul doute que dans cette région où l’on ne voit guère d’usines, la qualité de vie doit être un sommet du genre.
 
 
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Perché au milieu de son domaine de 500 ha, entre forêts et pâturages, le château de Berlepsch constitue une attraction touristique importante dans cette zone de la Werra, à la frontière de la Hesse et de la Basse-Saxe. Friedland n’est pas loin.

Mais ici, c’est de l’antique Maison des Berlepsch dont il est question, et Friedland n’est pas leur référence. Pour eux, le moment de gloire arriva quand l’ancêtre commun Hans (1480-1533) dirigeait le château de Wartburg à Eisenach pour compte des ducs de Saxe au moment où Luther vint s’y réfugier en 1521. Les barons de Berlepsch dominent la vallée de la Hübenbach depuis 600 ans, sans vente ni abandon du lieu. Les éléments anciens sont nombreux dans le castel, mais comme partout en Europe au XIXe siècle, il fut de bon ton de moderniser le bâti. Le château y a perdu un peu en authenticité mais la jeunesse des maîtres de maison, deux frères et leurs épouses, compensent largement les lourdeurs décoratives architecturales. Le troisième frère est un illustre prestidigitateur.
 
Les deux premiers frères travaillent, eux, dans la magie. C’est celle du lieu et, Fabian, ancien chantre de la finance, parlant un français impeccable, se dévoue corps et âme pour le domaine, assurant le suivi médiéval jusqu’à être costumé en permanence à la mode du XVe siècle.

Nous ne vîmes pas son épouse mais nul doute qu’elle porte aussi de tels habits et qu’elle traverse les corridors et les salons portant manchons et hennin pour plaire aux nombreux visiteurs.
 
Le château est devenu en partie un musée, un restaurant et même un bed & breakfast.

En contrebas, la jolie chapelle côtoie le cimetière familial. Les activités dans le parc mettent en avant l’art de vivre médiéval et les artisans travaillent à l’ancienne. De nombreux projets de développement sont en cours d’élaboration. Il y aura même un festival rock ce 25 juillet. Un tel site est une mine pour les familles antiques du genre des Berlepsch dont la simplicité, la modernité et la gentillesse sont les meilleurs signes offerts aux touristes.
 
Infos : Office du Tourisme allemand : indra.alex@germany.travel; www.germany.travel
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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