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04/07/2015

Sous les jupes de la bourgeoisie

 

La Libre, Momento, Tendances, mode, crinoline, historique, exposition, BruxellesAu musée du costume et de la dentelle de Bruxelles, on se penche sur la mode de la bourgeoisie.
Les dessous révèlent le dessus; en ligne de mire, la crinoline, mode qui court de 1850 à 1890.
 
Visite guidée: Aurore Vaucelle

IL EST POSSIBLE D’EXPLIQUER le rôle de la crinoline dans l’histoire du costume mais pas vraiment son utilité. On s’explique.
 
Dans les années 1850, la bourgeoisie, classe montante instigatrice de la Révolution industrielle, doit se faire ses propres codes pour se distinguer. Des manuels de savoir-vivre établissent les bonnes manières et les codes de conduite de cette nouvelle classe dirigeante. A cette époque, la mode est, par ailleurs, au revival XVIIIe dont le style, fastueux, inspire les toilettes des femmes. Le Grand siècle avait brillé par son décorum, c’est donc cette mode que la bourgeoisie naissante veut copier, à ceci près qu’elle souhaite “alléger” la parure des femmes et faciliter leur démarche. C’est ainsi que l’on remplace les huit à dix jupons qui faisaient gonfler la jupe des filles par un jupon rigide fait d’une trame de crin renforcée par du lin, qui va donner à la jupe sa forme en corolle.
 
La structure, dont les baleines deviennent rapidement métalliques (Révolution industrielle oblige), est ceinturée à la taille sur une culotte de lingerie. La silhouette qu’elle donne aux femmes évoque la mode des vertugadins des XVIe et XVIIe siècles; pensons à Louis de Funès déguisé en duègne à vertugadins rotatifs, dans “La soif de l’or”.
 
Mais pourquoi porter la crinoline ? Car elle est entravante, ne facilite ni le déplacement ni l’assise et constitue une barrière infranchissable pour tout contact humain rapproché. Les caricaturistes du XIXe s’en sont, à ce sujet, donné à cœur joie (cf. notre dessin).

La crinoline qui permet la suppression des multiples jupons bouffants, est sans doute plus légère que l’amas de jupons, certes. Elle sert la taille et souligne, par conséquent, la minceur tout en mettant en valeur les attributs de la maternité, hanches et seins. L’habit servirait-il alors à souligner les symboles de fertilité des femmes ? Ces femmes fleurs à la tige fine apparaissent surtout extrêmement fragiles, tout sauf mobiles et habiles… Mais il est vrai que la bourgeoisie, micro-société policée en quête de réussite sociale et de maîtrise n’avait de toute façon pas prévu de libérer ses femmes mais plutôt d’en faire de bonnes mères de famille, promptes à donner des héritiers au patrimoine familial.
 
 
A ne pas rater dans l’expo
 
Amis fans des affaires royales : Au dernier étage de l’expo, dans l’espace dentelle, penchez-vous sur la vitrine des petits accessoires. Vous y découvrirez le mouchoir brodé de notre deuxième reine, Marie Henriette; celui très ouvragé (grand comme pour faire un pique-nique) de l’épouse de Victor Emmanuel II.
Et last but not least, un mouchoir ayant appartenu à Sissi l’impératrice. Si, si.
A noter, à l’époque le mouchoir est un objet d’apparat, très travaillé, voire un objet de “drague”. On laissait pudiquement tomber son mouchoir en direction d’un jeune homme, qui, s’il était intéressé par votre petite personne, avait la bonté de vous le ramasser.
 
Amis fans de photo : Se pencher sur la mode de la bourgeoisie a poussé le musée bruxellois à montrer la représentation de ce milieu, à son époque.
C’est ainsi que l’on découvre des photos dites “cartes de visite”. Ce sont de petites photos portraits que l’on prenait en nombre chez le photographe, et que l’on distribuait ensuite à ses connaissances en guise de carte de visite. La photo en question n’a rien à voir avec une photo d’identité, elle est une représentation souvent en pied, toujours flatteuse, qui révèle le statut de la personne qui s’est fait tirer le portrait.
 
Amis fans de mode : Le musée du costume et de la dentelle a commandé au designer Olivier Theyskens une crinoline des temps modernes.
Le créateur belge s’est penché sur la réinterprétation de la crinoline dans les années 1950 par Christian Dior. Le New Look de Mister D., cette corolle autour de la taille resserrée, c’était, sans conteste, l’idée de la crinoline, 100 ans après.
En 2015, Theyskens en propose une version ondulée renouvelée.
 
 
Ph.: Mary Evans Picture Library/Reporters

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