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11/07/2015

Chéreng, le fief des chasseurs

la libre,momento,vie de château,chéreng,franceCe joli château des années 1780 abrite une fédération sportive.

Philippe Farcy


UNE ERREUR DE GPS qui devait nous mener tout droit vers Ypres pour son célèbre rallye, nous a conduits vers une France jadis flamande et terre de tant d’ancêtres belges. Sur le canton de Lannoy, le petit village de Chéreng compte deux seigneuries croisées à notre insu mais dont certains éléments sont en lien avec notre pays.
 
Les sources concernant le château de Chéreng (département du Nord) ne sont guère nombreuses.
Dans la région, on le nomme “château de Montreul”, sans que cela ne fasse référence à un personnage précis ou à un lieu-dit. Jacques Thiébault, dans son volume de 1978 intitulé “Dictionnaire des châteaux de France” “Artois, Flandres, Hainaut, Picardie”, évoque en une notice brève cette demeure mais sans en rien dire sinon de la décrire architecturalement. Il faut aller sur le blog de Didier Morieux, un mordu d’aviation, pour trouver quelques éléments concernant l’histoire de ce domaine qui compte encore dix hectares, ce qui est beaucoup aux portes de Lille, et qui abrite encore la “Fédération des chasseurs du Nord”. Cette fédération sportive a acheté le domaine le 11 mars 1999 à la “Fédération des œuvres sociales des PTT”. Celle-ci avait acheté le bien en 1974. Un des administrateurs de la Fédération des chasseurs est le médecin vétérinaire Bernard Collin, résidant à Trélon. Il est professeur à l’Université de Liège, président des “Lieutenants de Louveterie de France” et président de “La Maison des enfants”, installée au château de la Huda, à Trélon.
 
Il semble que, depuis 2014, les chasseurs du Nord soient désireux de vendre Chéreng qui apparaît d’ailleurs sur plusieurs sites d’agences immobilières, à commencer par monreseau-immo.com. On en demande 5,1 millions d’euros, ce qui n’est pas rien.
 
D’après Didier Morieux, Chéreng possédait une seigneurie relevant du Saint-Empire et c’est celle-ci, quand La Hamayde relevait du baillage de Lille et donc des Pays-Bas du Sud (voir ci-dessous). Cette distinction juridique aurait tenu jusqu’à la Révolution, malgré la prise de Lille et de la région par les troupes de Louis XIV en 1667. L’auteur signale que le fief appartenait en 1781 au maréchal prince-duc Charles de Rohan-Soubise (1715-1787). Il était Connétable héréditaire de Flandres et Sénéchal de Hainaut. On le sait car il y eut vente de ce bien au sieur Taverne, Pierre-François, écuyer, sire de Burgault et époux de Marie-Angélique de Surmont. Ce sont eux qui vont construire cette maison en 1783 et apposer leurs armes au fronton donnant vers l’allée d’accès au parc. Madame décédera en 1785. Lui s’en ira en 1831, rendant son dernier soupir en ce lieu après avoir passé les troubles révolutionnaires dans la prison d’Amiens. Le château se voit sans peine depuis la voirie.
 
 
la libre,momento,vie de château,chéreng,franceLa Hamayde, joli relais de Poste
 
Ce n’est qu’une maison, en long, affichant une bonne vingtaine de mètres sur cinq travées de baies à petits bois sur deux niveaux égaux. La demeure est montée en briques, pierre de Lezennes, et repose sur un soubassement de grès. C’est un édifice de haute qualité, d’abord pour ses décors baroques flamands du XVII e  siècle (vers 1650), ensuite, parce que ce fut, semble-t-il, un bien seigneurial et qu’enfin, son nom est celui de l’une de nos plus anciennes familles hennuyères, les la Hamayde. Nous sommes au cœur de Chéreng, en France, département du Nord. Templeuve (jadis aux Formanoir) est à quatre kilomètres. Anstaing touche Chéreng. Bouvines, lieu de la célèbre bataille de 1214 entre les alliés opposés aux Français de Philippe-Auguste, est située au Sud, à deux kilomètres. La région est donc un nœud d’Histoire, sans oublier le beau château de Flers, juste au Nord.
 
La bâtisse se trouve sur la grand-rue menant de Lille à Tournai, visible de tous. On l’appelle par-là “L’Auberge du Soleil” parce qu’un cartouche montrant l’astre divin somme la porte d’entrée et son arc de décharge.
 
Outre ce soleil, la façade est décorée d’autres cartouches feuillagés dont le centre est occupé par des gueules de lions montrant les dents. Emmanuelle Tardif détaille cette élévation interpellante dans un article paru en 1997 dans la revue hebdomadaire “Autrement Dit”.
 
Depuis 1969, cette résidence est celle des Meillassoux venus dans le village pour admirer les fonds baptismaux de l’église Saint-Vaast, d’époque romane et taillés dans de la pierre de Tournai. On y trouve quatre têtes comme à Beauvechain (arcatures à piliers), à Archennes (arcatures simples) et naguère encore à Landenne (sans arcature), avant un double vol (cuve puis pied) dû à l’incurie des édiles locaux.
 
La maison de Chéreng était à prendre. Ils l’eurent et la restaurèrent en ce compris les dépendances où l’on peut abriter plus de dix chevaux; il en reste un. Il y a donc derrière une cour carrée et, plus loin, une ferme, sans doute ancienne dépendance de la demeure principale.
 
Les la Hamayde garderont ceci jusqu’en 1679 car Charles refusa sa part d’héritage de son père, dit l’auteur, et que ce bien fut vendu au comte de Fiennes. La ferme fut louée aux Plancke qui y resteront jusqu’à la Révolution. Les Fiennes rachetèrent en même temps les droits sur les ponts passant sur la Marque. Mais ils ne gardèrent pas longtemps ce domaine. Ils le vendirent, sans doute vers 1700, aux le Maistre d’Anstaing. Leur présence s’estompe avec la Révolution. Le domaine est saisi comme bien national. En 1800, le comte de Brigode acheta cette propriété mais revendit la maison illico au maire de Tressin, village voisin. Le relais de Poste continua jusqu’au Second Empire, non inclus.

Le service d’auberge se prolongea jusque vers 1900 puis on y établit un négoce de grains. Notons qu’à l’intérieur se trouve une vieille cheminée du XVIe siècle. Elle est réputée venir d’un château des de la Hamayde sur la Marque.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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