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18/07/2015

Le Portugal, pieds sur terre

la libre,momento,portugal,centre,côa,douroLà où la nature et l’histoire se rencontrent, la région du Centre du Portugal se découvre au fil des promenades. Un paysage qui se laisse amadouer entre parois gravées et reliefs à gravir.
 
Expédition: Alice Siniscalchi


PATRIE DE GRANDS NAVIGATEURS, le Portugal recèle bien d’autres âmes, terriennes, rurales, voire montagnardes, loin des embruns de l’océan et à l’écart de l’agitation des villes. Pour un premier voyage au pays de Vasco de Gama, tourner le dos à la mer pour mettre le cap vers l’intérieur des terres nous parut une proposition pour le moins extravagante de la part de nos guides. Et pourtant, dès notre arrivée à l’aéroport, Manuel – l’un de nos accompagnateurs – nous raconte comment, tout en étant né à la mer, il a fini par succomber à l’appel irrésistible de la campagne et des hauteurs portugaises, dont il a fait son lieu de vie et de travail.
 
Notre fourgonnette s’ébranle de Porto. Les vallées du Côa, du Douro et, plus tard, les sommets de la Serra da Estrela, nous attendent pleins de promesses.
 
Cent vingt kilomètres s’égrènent sous un soleil déjà de plomb en ce début de mois de juin. Sur le temps de midi, nous faisons notre première escale dans la région du Centre, à Viseu, dont les activités humaines ne battent à vrai dire pas leur plein en ce moment de la journée. Peu importe, il serait impossible de ne pas tomber sous le charme de son cœur historique, dominé par une impressionnante cathédrale fortifiée du XIIe siècle – que les Portugais appellent Sé de Viseu –, aux austères clochers d’origine médiévale mais mâtinée de styles d’époques postérieures. Ici, le granite noir typique de la région côtoie des façades blanches et immaculées, comme celle de l’église de la Miséricorde, dans un joli contraste tempéré par un grand ciel bleu. Siège du diocèse éponyme, fondé au VIe siècle, Viseu peut se prévaloir, depuis 2007, du titre de “meilleure ville portugaise pour vivre”, d’après une étude de l’association nationale de la défense du consommateur.
 
C’est en flânant dans ses ruelles paisibles que vous découvrirez aussi tout ce que Viseu peut offrir en termes de cuisine locale. L’accueillante taverne Maria Xica nous initie ainsi à l’art des petiscos, ces petits en-cas salés proches des tapas espagnoles à déguster sur le pouce, accompagnés d’un bon verre de Porto. Entre des fromages délicats à la texture crémeuse, principalement de brebis et de chèvre, des charcuteries tel le presunto, jambon au goût prononcé, des légumes frais, les incontournables pataniscas (beignets) de bacalhau et on en passe, voici un accueil simple et généreux, à l’image d’un peuple chaleureux mais sobre, intimement lié à sa terre.
 
Ode à la nature
Signe d’un tourisme en pleine mutation et en rupture avec des formules de vacances guère originales, le visiteur est, paraît-il, de plus en plus enclin à partir à la découverte de la nature et à la rencontre des populations locales – à condition que le confort soit également au rendez-vous. Une lubie ? Que du contraire. L’architecture rurale portugaise offre désormais de nombreuses solutions qui ont le mérite et l’intelligence de mettre la tradition au service d’exigences modernes. Ce fut l’idée d’Ana et António, biologistes de leur état, originaires de Lisbonne, dont l’amour pour cette région et une bonne dose d’initiative les auront poussés à transformer une poignée de petites maisons en pierre de l’époustouflant hameau de Castelo Rodrigo – prononcez Cashtelo – en véritable oasis d’accueil tout en harmonie, où le soin du détail s’affirme discrètement dans le décor comme dans les manières, adorables, du personnel. Leur Casa da Cisterna, ainsi nommée en raison de son ancienne citerne-puits approvisionnant en eau tout le village, aujourd’hui reconvertie en piscine, est le point de départ idéal pour tirer profit des attraits, historiques et environnementaux, de la région – la Beira intérieure nord, une des douze sous-régions du Centro de Portugal.
 
Au départ de ce village médiéval de 50 âmes lové sur des collines près de la frontière avec l’Espagne, les possibilités de visites et découvertes se multiplient à souhait. La réserve naturelle privée de Faia Brava, avec ses 800 hectares, est un projet mené par l’ONG Associação Transumância e Natureza, fondée entre autres par Ana et António, devenue propriétaire des lieux en 2000 dans le but de protéger certaines espèces en danger, dont le vautour égyptien, et de mettre en place une gestion durable des ressources naturelles. Pas besoin d’être ornithologue ou botaniste pour s’émerveiller de ce superbe écrin sauvage : ici, on tombe nez à nez avec des chevaux en liberté, tout à fait insouciants de notre présence; on lève les yeux au ciel pour suivre les trajectoires de majestueux aigles et de vautours; on prend le temps de respirer, de savourer ce rare sentiment d’épanouissement que pareil cadre peut insuffler.
 
Une beauté gravée dans le roc
Avec ses imposants flancs granitiques, la réserve de Faia Brava s’étend sur une partie de la vallée du Côa, un affluent du Douro. C’est à la confluence des deux cours d’eau, à Foz Côa – qui signifie justement “l’embouchure du Côa” – que l’on se rend compte qu’en ce lieu, homme et nature furent en parfaite communion depuis la nuit des temps. Il y a 30 000 ans, les chasseurs-cueilleurs peuplant la région choisirent les surfaces schisteuses dans cette partie de la vallée, plates et lisses, pour graver à jamais, souvent les unes sur les autres, des milliers de figures animales dont le sens profond s’est perdu. Si ces témoignages remontent principalement à une époque comprise entre 30 000 et 10 000 ans (Paléolithique supérieur), on y retrouve également des traces de gravures beaucoup plus récentes, réalisées entre le Néolithique et l’Âge du Fer, jusqu’à des gravures d’enfants datant de 1953, en passant par l’Inquisition, avec ses croix et symboles religieux. Sur ces pierres, l’une des toutes premières représentations du mouvement de l’histoire de l’art prend les traits d’une double tête de chamois s’ébrouant.
 
Classés au patrimoine mondial de l’Unesco, les sites de la vallée du Côa se visitent comme un musée à ciel ouvert (réservations indispensables à l’adresse e-mail visitas.pavc@igespar.pt). Il est frappant de se figurer qu’une partie de ces mêmes trésors a failli disparaître sous plus de 100 m d’eau, lors de la construction d’un barrage à Vila Nova de Foz Côa, au début des années nonante. Avorté suite à un changement de gouvernement en 1995 en raison des découvertes, le projet laissa la place à la création du Parc archéologique de la vallée du Côa. Aujourd’hui, le musée de Côa, joyau d’architecture contemporaine parfaitement intégré dans son paysage, représente une ressource incontournable permettant au visiteur de mettre en perspective l’immense patrimoine qui, là dehors, continue de défier le temps.
 
Sillonnant en fourgonnette un environnement jonché de pigeonniers, de plus en plus connoté par une végétation méditerranéenne d’oliviers, amandiers, genêts et, bien entendu, de vignobles, nous atteignons le point de départ de la Calçada de Alpajares, une ascension de 393 m suivant la trace d’une ancienne voie romaine traversant le fleuve Douro et la rivière Mosteiro. Tout à fait abordable dans un premier temps, cette promenade nous permet de nous familiariser avec la végétation et la géologie du lieu. Nous apprenons au passage que l’eucalyptus, une espèce non autochtone cultivée ici pour alimenter l’industrie du papier, a non seulement transformé le paysage, mais est aussi source d’inquiétude car facilement inflammable. Autre pilier de l’économie locale, le vignoble prospère grâce au schiste. Puisque celui-ci accumule la chaleur du soleil pendant la journée et la restitue pendant la nuit, les vignobles ne se refroidissent jamais complètement dans les montagnes.
 
Au fur et à mesure que la montée se fait rude, sous 35°C, on se dit que ce type d’expédition sera plus dans les cordes de nos lecteurs amateurs d’aventure que dans les nôtres. Le soir venu, on apprécie d’autant plus l’inoubliable dîner surprise organisé par Ana et Rosário, son assistante, dans un petit coin de rêve perdu dans la verdure, à proximité de la petite chapelle de Santo-André. Sur le fond d’un flamboyant coucher de soleil, l’arête auréolée des reliefs s’estompe lentement et l’on se retrouve d’un coup sous un magnifique ciel étoilé, où les conversations et les rires s’éternisent dans la nuit. Ça y est, on est tombé amoureux de cette atmosphère et on ne veut plus rentrer en Belgique… Même si Ana dit que son pays est, somme toute, coincé entre l’océan et son voisin espagnol, et que cela doit être enthousiasmant de vivre au milieu de l’Europe.
 
 
Ph.: Alice Siniscalchi

13:00 Publié dans Escapade | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : la libre, momento, portugal, centre, côa, douro | |

Commentaires

Bonjour .

j'ai lu avec grand intérêt votre parcours dans le nord du Portugal.
Votre guide Manuel a l'air d'être bien perspicace.

Est il encore guide et ou est il encore disponible ?
En toute simplicité pourriez vous nous envoyer( les contacts de Manuel

Nous avons été plusieurs fois à Lisbonne et les environs .
Nous aimons beaucoup le Portugal ainsi que la gentillesse des Portugais.

Bien à vous
Gaétane Bérard

Écrit par : Bérard | 20/07/2015

Bonjour,

Vous pouvez consulter les sites web http://a2z-adventures.com/en/adventures (en anglais) et http://www.manteigastrilhosverdes.com/en/ (en anglais aussi). Vous trouverez également des renseignements sur le site web du Centro de Portugal (en français) : http://www.visitcentro.com/fr/

Écrit par : A. | 23/07/2015

Les commentaires sont fermés.