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18/07/2015

Les fées se penchèrent sur Lassus

la libre,momento,vie de château,lassus,hamoir,châteauÀ partir d’un donjon du XIVsiècle contrôlant l’Ourthe, Lassus est devenu un château fort imposant.
 
Philippe Farcy


C’EST UNE MONTAGNE DE CALCAIRE qui s’offre aux yeux des visiteurs de la vallée de l’Ourthe quand il leur est permis d’entrer par l’une des grandes allées menant au château de Lassus. Nous sommes juste au Sud de Hamoir, la ville des Del Cour, Jean, le sculpteur le plus fameux de la principauté de Liège; et son frère, Jean-Gilles, peintre de qualité mais provincial. Jean Del Cour, lui, était à l’égal du Bernin et de l’Algarde, un génial statuaire qui travaillait le marbre comme votre serviteur aborderait de la pâte à modeler (sans en savoir rien faire d’ailleurs).
 
Lassus, drôle de nom pour un château qui pourtant n’a rien à voir avec le musicien célèbre du Hainaut, vivant au XVIsiècle, à savoir Roland de Lassus (1532-1594), natif de Mons et décédé à Munich; mais son nom latin devient en français Delattre. Serait-il cousin de Jacky et T.Z., célèbres Hutois d’un autre siècle  ? Qui sait  ? Notons encore qu’il existait un autre château dit “de Lassus” à Blandain, près de Tournai. Ce dernier se visite pour son petit jardin, à travers l’ASBL “Jardins ouverts de Belgique”.
 
En 1938, le docteur L. Thiry donna, en plusieurs volumes, l’histoire des anciennes communes et seigneuries d’Aywailles. C’est une mine d’or pour la région, de Sprimont à Comblain en passant par Xhignesse et Hamoir. Mais Lassus n’y occupe que peu de place. Toutefois, l’auteur montre combien les seigneuries et les droits civils et religieux étaient imbriqués et difficiles à démêler. D’autant plus difficile que nous sommes dans une zone où la principauté de Liège et la principauté de Stavelot-Malmedy jouaient au chat et à la souris en terme de bornage.
 
Lassus étaient un fief des mayeurs héréditaires de Hamoir dont les principaux furent les Lardenois, sires de Ville et de My, maîtres de forges. Puis vinrent les comtes de Maillen (éteints dans les d’Aspremont) aux XVIIe et début XVIIIsiècle. Les Maillen étaient par ici également sires de Ry, Jamblinne, Xhignesse et Narón. Les Donnea devinrent mayeurs héréditaires au moins à partir des années 1750.
 
Les Donnea conservèrent le domaine jusqu’à la fin du XIXsiècle. Ensuite de quoi Lassus entra dans le patrimoine des banquiers verviétois Chaudoir. La famille Ranscelot acquit le domaine en 1923.
Le château est un ensemble aussi puissant qu’harmonieux érigé totalement en moellons de calcaire. Le donjon primitif date du XIVsiècle. Le corps de logis fut construit aux XVIIe et XVIIIsiècles avec notamment une superbe salle à manger de style Louis XVI. De cette époque datait une immense grange, sise à l’entrée gauche de la cour d’accès; mais elle brûla dans les années 1980. Les Chaudoir firent appel à l’architecte liégeois Paul Demany (1859-1912) pour augmenter la tour sud, installer une superbe terrasse sur la face nord et percer quelques baies. Demany n’est rien d’autre que l’auteur du Pont de Fragnée à Liège, que les Liégeois regardent comme leur Pont Alexandre III de Paris. Son père, Laurent, avait construit le Conservatoire de Liège et l’hôpital de Bavière dans la même ville. On lui doit également le château de Tinlot (châteaux de Lamine).
 
On ne visite pas sauf en demandant par téléphone.
 
 
Le fabuleux destin d’une demoiselle des bois
 
A propos du château de Villers-sur-Semois, nous évoquions quelques personnages du monde du capitalisme naissant. Un lecteur assidu nous a transmis quelques lignes qui permettent de comprendre que rien ne change sous le soleil. Les fortunes se font et se défont. Elles se transmettent et, par mariage, filent vers des familles puissantes et antiques, toujours disponibles pour redorer des blasons parfois en déclin. Henri Henriquet (1672-1730), maître de forges parti de rien, permet de faire “un zoom” généalogique vertigineux sur la société des Pays-Bas du Sud, du duché de Luxembourg en particulier, au XVIIIe siècle. Cela vaut pour la principauté de Liège dont on connaît de nombreuses forges figurées sur les tableaux de Léonard Defrance. Et les Donnea que nous citons ci-contre à propos du château de Lassus à Hamoir en sont un parfait exemple. En effet, signale notre lecteur, “il avait épousé Anne-Elisabeth de Beyer, issue d’une famille de petite noblesse en pleine ascension sociale (famille d’ailleurs tellement souvent apparentée aux Nothomb que certains auteurs ont confondu les deux lignées). Le père d’Anne-Elisabeth avait été créé baron et sa mère était une richissime Fraula d’Anvers. Anne-Elisabeth hérita de tous les biens d’Henri Henriquet, ce qui lui permit en secondes noces d’épouser Joseph-Philippe, duc de Corswarem-Looz (1734). Ce dernier hérita de son épouse et se remaria à Marie-Anne de Montmorency-Laval, grand-tante du fameux Mathieu de Montmorency, duc de Montmorency, si souvent cité dans les biographies de Chateaubriand, de Madame Récamier et de Madame de Staël”. Rappelons que les ducs de Montmorency furent les propriétaires du somptueux château de Modave, dans la vallée du Hoyoux, au sud de Huy. “Ainsi, en quelques clics, ajoute notre correspondant, nous partons d’un Henri Henriquet, self-made-man aux origines très modestes, et arrivons ‘au premier baron chrétien’ .”
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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