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25/07/2015

Quand les "Châteaux" chinois nous vendront-ils des Grands Crus ?

taila.jpgLors du dernier Concours Mondial de Bruxelles, pas moins de 14 médailles ( 5 d’or et 9 d’argent) ont été attribuées à des vins chinois.

Baudouin Havaux
Envoyé spécial en Chine


 Actuellement on parle beaucoup du développement de la viticulture chinoise, mais plutôt en termes quantitatifs que qualitatifs. Des projets de plusieurs dizaines de milliers d’hectares éclosent dans différentes provinces chinoises, et ces distinctions sont révélatrices du niveau qualitatif atteint en un temps record par ces "Châteaux" chinois souvent conseillés par des œnologues français. Le vin est un objet de prestige que l’on offre en cadeau, ou que l’on ouvre dans le cadre de cérémonie. Sa consommation à table n’est toujours pas entrée dans les mœurs et le thé ou la bière ont toujours la préférence.

Le prix des vins est relativement cher, il peut atteindre entre 50 et 100€ pour les plus beaux flacons produits par des châteaux prestigieux. Un prix que l’on peut expliquer par les investissements importants dans les infrastructures, par le coût lié à la protection des ceps contre le gèle en hiver et la durée de vie des plantes qui ne dépasse pas la vingtaine d’année. Pour percevoir cette véritable révolution, Momento s’est rendu dans 3 différentes provinces viticoles.

Domaines Taila à Shandong

Un projet viticole pharaonique de 2.000 hectares articulé autour d’une lagune, qui devrait à terme voire s’ériger près de 300 châteaux. Chen Chummeng, 45 ans a commencé sa carrière comme cuisinier avant de faire fortune dans l’immobilier. En 2010 il plante le premier cep de vigne de son domaine conçu comme un condominium de châteaux vinicoles, qu’il espère vendre à d’autres milliardaires chinois. Les chinois se sont vite emparés de la notion de « château » qui représente dans l’imaginaire, pouvoir, noblesse et richesse. Ici à Taiyihu, il ne s’agit pas comme souvent à Bordeaux d’un nom d’étiquette, mais de véritables châteaux construits sur 5 étages, tours et donjons inclus. Chaque parcelle de vigne, vinifiée séparément dans les chais de chaque château compte entre 10 à 20 hectares. Monsieur Chen est comme souvent en chine un homme impatient, et s’appuyant sur une armée de collaborateurs serviles, il mène son projet au pas de course. 140 hectares sont déjà en production et 8 châteaux aux styles divers sont sortis du sol comme des champignons. Ces diverses réalisations architecturales qui se côtoient sans complexe ont reçu les noms évocateurs de Château Margaux, Pétrus, Petersberg, Bodega Akershus, Bodega Oceanus, Château 007, Villa Zenato et Villa Boglietti. La dimension touristique du projet n’a pas été négligée. Les plages de sable, hôtel de luxe, restaurants, wine bars, héliport, golf, port de plaisance, sans oublier l’église pour les mariages sont autant d’atouts pour attirer les touristes fortunés. Gérard Colin, œnologue français est le consultant technique du domaine, il vit en Chine depuis 1997, et a entre autres projets, développé le domaine vinicole de Lafite en Chine. Il nous explique que grâce à un climat relativement plus doux et des sols graveleux qui permettent un enracinement profond, il parvient à se démarquer de la relative monotonie des vins chinois qui comme des copies se ressemblent tous. Il réussit à révéler le terroir de cette région par l’élaboration de vins plus fins, marqués par la minéralité. Son chardonnay 2014 récompensé par une médaille d’or est d’une remarquable finesse et délicatesse. La finale est marquée par des notes exotiques. Un vin étonnant surtout au nez qui par sa minéralité évoque le sauvignon.

 

Château Bolongbao à Fonghang, Pékin

Située au sud-est de la mégalopole, Fonghang est l’un des 5 districts de Pékin. Economiquement plus pauvre, le gouvernement a initié en 1998 un projet de reconversion de l’industrie du charbon en vignoble. Le vignoble majoritairement planté en Cabernet Sauvignon, Cabernet franc, Merlot et Chardonnay, s’étend aujourd’hui sur 1.300 hectares, et compte 13 châteaux. Les exploitations bénéficient d’un appui technique et économique très important de la part du gouvernement, et en contre partie elles doivent s’inscrire dans un concept d’appellation d’origine. Par exemple on ne peut y vinifier que du raisin produit dans la région. Le château Bolongao est le premier vignoble crée à Fonghang et aujourd’hui le seul triplement certifié « organique « depuis 2005 par la Chine, l’Union Européenne et les Etats-Unis. C’est un choix personnel du propriétaire Monsieur Tang et de son oenologue Monsieur Fei diplômé en œnologie à Dijon. Malgré le taux d’humidité élevé, il arrive à dominer l’oïdium et le mildiou en traitant uniquement avec du sulfate de cuivre. Le rendement des 45 hectares est faible (moins de 3 tonnes/ ha.). Une importante équipe technique de 100 ouvriers agricoles s’active tous les jours dans les vignes. Pas d’engrais chimiques, mais bien une plantation de cacahuètes entre les rangs et qui sera incorporé au sol, comme engrais vert. Le vignoble est irrigué deux fois par an, au printemps et après les vendanges pour éviter que la vigne ne se casse lorsqu’elle sera couchée sur le sol et recouverte de terre pour supporter les températures extrêmes de l’hiver qui descend à moins 20°. Cette pratique indispensable pour éviter que la vigne ne meure suite à ces gelées extrêmes est assez éprouvante pour la plante, ce qui explique sa fragilité par rapport aux plantations dans nos régions et sa durée de vie divisée par deux, comparée à celles observées en Europe.

Château Yuange à Ningxia

Avant l’apparition des vignes, Ningxia n’était qu’une étendue aride de sable et de galets au pied de la chaine montagneuse Helan qui la sépare de la Mongolie. La pluviosité annuelle limitée à 200ml. rend l’irrigation incontournable. L’eau provenant du « fleuve jaune » a permis la plantation de près de 40.000 ha. partagés entre une centaines d’exploitations. La mutation de ces espaces désertiques en plaines fertiles exige un travail colossal de préparation des sols. Des tonnes de galets extraits des parcelles de plantation s’amoncellant le long des routes en sont le témoin. Le château Yuange, de taille modeste qui compte seulement 20 ha. de cabernet sauvignon et de merlot, représente un investissement de 7 millions € . C’est le premier château de cette jeune province viticole qui a élaboré son premier vin en 2010. Ici pas de somptueux château, mais un imposant et élégant chai au toit ondulé qui s’emble planer comme une soucoupe volante au lieu d’un vignoble perdu dans le désert. Un lieu verdoyant qui attire le weekend des visiteurs qui viennent de Yinchan la grande ville située à une heure de route. Clovitis, une équipe de conseillers franco-chinois assure le suivi technique des vinifications. Les vins d’inspiration bordelaise, sont vieillis en fûts de chêne français. La bouche est fruitée, marquée par un bois toasté et bien structurée.

 

 

 

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