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08/08/2015

Cuisine d'expats (3/4): Fière d'être Indienne

kantaaa.jpgA 53 ans, Kanta Odido est une femme élégante, toujours habillée à lindienne. A la tête dun magasin de décoration indienne mais aussi d’épiceries et de night shops, cette femme dentreprise a, depuis quelle est arrivée sous nos latitudes en 1984, toujours travaillé pour mieux faire connaître son pays aux Belges.

 

 

 

Rencontre Laura Centrella & Hubert Heyrendt

 


 

Kanta Odido. Le nom ne somme pas pas très indienEt pour cause. Quand elle quitte lInde pour émigrer en Belgique en 1984, Kanta, 21 ans, le fait par amour, pour suivre un jeune étudiant noir africain rencontré sur les bancs de son université à New Delhi. Sa famille est contre cette union et elle mettra cinq ans avant doser rentrer au pays pour affronter ses parents. Je ne voulais pas leur montrer que javais échoué…”, explique-t-elle en anglais, toujours pas vraiment à laise avec le français.

 

Aujourdhui, Kanta ne regrette rien de ce mariage avorté car il lui a donné un fils de 30 et une fille de 28 ans, mais aussi le goût de la liberté. Et désormais, elle retourne trois fois par an en Inde pour dénicher les étoffes précieuses et autres produits artisanaux quelle vend dans son magasin près de la Grand-Place.

« Quand je suis arrivée, il ny avait pas beaucoup dIndiens à Bruxelles. Jai attendu deux ans avant de rencontrer un compatriote et pouvoir parler hindi », se souvient Kanta. Etudiante en mathématiques à la VUB, elle bosse pour gagner sa vie comme serveuse au restaurant « Punjab ». « A l’époque, on ne trouvait rien ici, il fallait tout faire venir dAngleterre. » Cest cela qui lui donne lidée douvrir une petite épicerie indienne dans la chaussée de Boendael à Ixelles en 1986. Dans le même temps, elle travaille pendant une dizaine dannées comme interprète au Petit Château pour accueillir les réfugiés du sous-continent indien, notamment Sikhs.

Aujourdhui, cette femme daffaires accomplie possède à Bruxelles plusieurs épiceries, night shops et librairies, quelle gère avec trois de ses frères. Et si elle est sest retirée de la gestion quotidienne du Punjab, quelle a fini par racheter, elle rêve douvrir un nouveau resto consacré uniquement à la cuisine familiale des différentes régions indiennes.

Si Kanta a quitté lInde, elle na jamais rompu avec son pays. Que du contraire. Sa vie, elle la en effet consacrée à promouvoir sa culture en Belgique. Sur sa main, un détail ne trompe pas : un tatouage du mot hindi signifiant maison. « Quand je suis en colère ou triste, je le regarde et cela va mieux. » Cest sa grand-mère paternelle qui un jour la emmenée chez le tatoueur pour inscrire à jamais dans sa chair le souvenir de ses origines. Une grand-mère qui portait déjà cette même inscription et qui a eu une influence décisive sur la femme quest devenue Kanta. Cest elle qui lui a donné le goût de la cuisine.

 

Appartenant au peuple des Aryas, la famille de Kanta est strictement végétarienne et respecte les principes ayurvédiques, qui se traduisent très concrètement en cuisine. « Je nai jamais vu personne malade dans ma famille, jure-t-elle. Cest une honte daller chez le médecin car cela signifie que lon na pas pris soin de son corps. Mon grand-père était médecin. Quand ses patients venaient le voir, il les soignait gratuitement bien sûr, mais il les enguirlandait en leur disant quil ne faut pas abuser de son corps. »

De son enfance dans une famille relativement aisée, Kanta ne garde que de beaux souvenirs. Et notamment de cette grand-mère, qui faisait à manger avec dévotion pour son mari. « Cest important de cuisiner avec le cœur, avec de l’émotion. Jaimais beaucoup son paneer (fromage) et son dal. » Ce sont ces deux plats familiaux, simples et délicieux, que Kanta a choisi de nous préparer ce soir. « Quand je suis un cours de cuisine ayurvédique, je me rends compte que je connais déjà tout. Ma grand-mère ma tout appris. Chaque plat doit avoir un sens, être sain. Ma grand-mère utilisait essentiellement du sel noir, des graines de cumin, du curcuma et de loignon rouge, très bon pour les dents. A une époque, on nachetait que le sel dans ma famille. Tout le reste était cultivé au jardin ! »

 

Cette sérénité de ses grands-parents, après 20 années de célibat, Kanta la retrouvée depuis deux ans auprès de Jules, un habitué de son restaurant et introducteur en Belgique de la philosophie védique « The Art of Living » du guru Ravi Shankar.« Jaime beaucoup la Belgique, je my suis fait plein damis, belges et indiens. Je suis très sociable. Mais ici, on sent comme un vide chez les gens. Quand je prends le tram pour aller à la Grand-Place, personne ne rit. Et si je regarde quelquun gentiment, cela semble bizarre, on détourne la tête », se désole néanmoins Kanta. 

 

Recette

 

 

Shahi paneer (le paneer de ma grand-mère)

 

Parmi les recettes qui ont marqué lenfance de Kanta, il y a ce délicieux paneer que lui préparait sa grand-mère. Le paneer est un fromage frais au lait de vache ressemblant à de la ricotta. Il est assez simple à préparer chez soi mais on le trouve facilement dans les épiceries indiennes.

 

Ingrédients (pour 4 pers.):

 

Pour 400 g de paneer: 2 l de lait, le jus de 2 citrons, ghee.

 

400 g de paneer, 2 c.à.s. de ghee, 2 oignons rouges, 20 noix de cajou, 4 tomates, 3-4 piments verts, 1 poignée de gros raisins blancs secs, 1 c.à.c. de poudre de coriandre, ½ c.à.s. de curcuma,100 ml de crème fraiche, feuilles de fenugrec, 1 c.à.c. de garam masala, un peu de poudre de cardamome verte, quelques feuilles de coriandre fraîche, sel.

 

Préparation:

 

Préparer le paneer. Faire bouillir le lait. Ajouter le jus de citron et continuer à faire bouillir 15 min en mélangeant de temps en temps.

 

Filtrer à travers une fine étamine et laisser bien égoutter tout le petit-lait.

 

Former une boule, la placer dans un plat. La couvrir dun linge et placer par-dessus un poids de 4 kg pendant au moins 1h.

 

Découper le paneer en cubes et les faire frire très légèrement dans une poêle avec un peu de ghee.

 

Dans une sauteuse antiadhésive, faire fondre le ghee. Ajouter les oignons émincés et les noix de cajou. Faire colorer pour ajouter les tomates coupées en dés. Cuire une dizaine de min.

 

Ajouter les raisins, le piment, la poudre de coriandre, le curcuma et le sel. Cuire 3 à 4 min.

 

Incorporer la crème en mélangeant bien. Ajouter le paneer, les feuilles de fenugrec, le garam masala, la poudre de cardamome verte. Continuer la cuisson quelques instants en mélangeant bien.

 

Placer dans un plat et garnir de crème fraîche et de feuilles de coriandre.

 

Servir avec amour

 

 

 

 

10:27 Publié dans Papilles | Lien permanent | Commentaires (0) | |

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