Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

22/08/2015

Seneffe, un domaine résolument XVIIIe

La Libre, Momento, Dehors, château, Seneffe, parc, expoChâteau, parc, musée et expos à Seneffe. De quoi programmer, avant la rentrée, une balade de fin d’été pour se mettre au vert et au parfum des “Lumières”.
 
En balade: Marie Pascale Vasseur et Marie Noëlle Cruysmans


 

CE LIEU MODIFIÉ PETIT À PETIT au gré des envies de chacun de ses propriétaires, aujourd’hui l’État belge, est géré par la Communauté française de Belgique en coordination avec l’ASBL Domaine de Seneffe. Situé à quarante kilomètres de Bruxelles, complètement restauré, il offre au visiteur une échappée culturelle agrémentée d’une belle bouffée d’air frais.
 
Une exposition permanente “Faste & intimité” consacrée aux coulisses du grand siècle, une autre sur les plaisirs des jardins au XVIIIe, un parcours dans le parc à la découverte de dix photographes belges et de leur vision du jardin, et, le dernier week-end d’août, dans la cour d’entrée, un tapis de fleurs aux mille couleurs. De quoi sustenter l’appétit des plus difficiles parmi vous.
 
Les 20 hectares de parc du château de Seneffe sont un témoignage important de l’art des jardins en Belgique. Plusieurs styles évoquant l’évolution des canons de l’époque y coexistent harmonieusement. Dès la fin des années 90, l’architecte paysagiste Benoît Fondu commence une campagne de restauration de l’ensemble, en restituant l’essentiel de la disposition des jardins à la fin du XVIIIe siècle. Pour retrouver l’esprit du lieu, mais tout en tenant compte des ajouts des deux siècles suivants. Allées et drèves sont replantées, les axes redéfinis, les décors et constructions de jardin restaurés, le sol remodelé et le bassin central recréé.
 
 
La Libre, Momento, Dehors, château, Seneffe, parc, expoLe parc
 
À la française
L’origine du domaine remonte au temps de Charles de Lorraine. Non loin de Mariemont, un de ses lieux de plaisir préférés, l’histoire de Seneffe commence précisément en 1763. Julien Depestre, un homme d’affaires accompli, décide de construire une imposante demeure entourée d’un joli parc. Il fait appel à Laurent-Benoît Dewez, un des architectes talentueux de Charles de Lorraine.
Le résultat ? Un bâtiment néoclassique précédé d’une vaste cour d’honneur et de deux colonnades terminées chacune par un pavillon. Le tout bordé d’un parc formel aux lignes géométriques centrées sur un axe principal. Comme dans les compositions à la “française” de l’époque de Louis XIV et de son disciple André Le Nôtre. Principalement un grand parterre, un bassin circulaire prolongé de deux bras rectilignes et une série de trois terrasses agrémentées de parterres au dessin régulier.

À l’anglaise
À la fin du XVIIIe siècle, une partie du parc est transformée à l’anglaise, selon la tradition britannique en vogue. Plus question de lignes droites, rigides et ennuyeuses. Vive les courbes, la liberté, la nature adorée. Et parfois un petit côté sauvage poussé à l’extrême. L’architecte français Brongniart crée alors un étang et son île, met en scène un ruisseau, dessine un sentier sinueux parmi des parcelles ponctuées d’arbres exotiques à la mode. Des érables de Virginie, catalpas, thuyas, magnolias, cyprès et autres pins d’Écosse. Ensuite, avec l’idée qu’un jardin s’admire comme un tableau, quelques petites constructions (théâtre de style néo-palladien, orangerie, glacière et volière) sont parsemées pour accentuer une perspective ou attirer le regard. On les appelle des fabriques, en fait des décors rendant le jardin paysager “pittoresque” à la manière des peintres Le Lorrain, Poussin ou Van Ruysdael.

Retour au formalisme
Au début du XXe siècle, les dégradations sont telles qu’on ne peut plus vraiment parler de jardin mais plutôt d’une grande prairie fleurie encadrée de quelques bois. C’est à ce moment qu’intervient l’architecte de jardins français Jules Vacherot. Il propose de contenir les lignes anglaises dans un contexte plus formel. Il réorganise l’ensemble, ajoute des statues, jets d’eau, belvédères, serres, piscine, tennis et une immense roseraie typique de l’époque.
Dans les années 50, le lieu est abandonné jusqu’à son rachat par l’État en 1970. Depuis, plusieurs projets de restauration sont initiés. René Pechère, architecte belge renommé, crée un jardin d’esprit classique, moderne et sobre, composé de parterres de gazon, haies et chambres de verdure.
Depuis maintenant quelque quinze années, grâce à l’intervention de l’architecte paysagiste belge Benoît Fondu, le visiteur goûte à nouveau l’ambiance caractéristique d’un jardin de l’époque des Lumières.
 
 
Les plaisirs
 
Dans les salons du château, la thématique des jardins du XVIIIe est présentée autour des trois grands courants de pensée de l’époque : la science et la raison, le retour à la nature, le bonheur de vivre. Le tout agrémenté de pièces de collection. Notamment une partie de la collection de vieux outils de l’architecte paysagiste Emmanuel d’Hennezel. Une petite note amusante : des extraits de film comme “Barry Lindon” de Stanley Kubrick ou “Marie-Antoinette” de Sofia Coppola accompagnent le visiteur et font vivre les différents éléments de décor.
 
Le siècle des Lumières est, avant tout, celui du développement de la science. Sous le titre “Audace, grandeur et précision”, sont présentées la géométrie, les techniques autour de l’eau, l’étude des phénomènes naturels liés à la météo. Le prouvent quelques instruments nécessaires aux jeux d’eau, au mesurage des lopins, un baromètre, des livres de botanique, des tableaux où sont représentés des feux d’artifice, des volcans en éruption ou des paysages alpins. Tous, ils ont contribué au spectaculaire développement de l’art des jardins.
 
Sous le vocable “Découverte, observation et passion”, viennent l’exotisme et l’invitation aux voyages. D’abord l’histoire du “grand tour” – sorte d’Erasmus du XVIIIe siècle réservé aux jeunes gens de bonne famille des pays du Nord à la recherche de leurs racines –, qui emmène le visiteur aux confins de l’Italie et de la Grèce antique. Également l’épopée de la venue et de l’acclimatation des plantes exotiques découvertes dans les colonies.
 
“Bonheur, loisir et décoration” traduisent les plaisirs simples et bucoliques. Des faïences en forme de fruit ou de légume comme un chou bien joufflu, des tapisseries à la gloire des travaux champêtres et des jeux d’enfants, des sculptures, ornements, fauteuils, paravents et costumes nous parlent d’un certain bonheur de vivre.
 
 
Ph.: MNC & MPV

Les commentaires sont fermés.