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29/08/2015

Boucle d'Or et les trois petits chapeaux...

la libreFabienne Delvigne est modiste de son état, mais vous la connaissez peut-être comme fournisseur breveté de la Cour. Depuis 1987, elle s’exerce à la couture en matière de bijoux et de coiffures. Voici ici l’histoire des trois petits chapeaux signés Fabienne D., comment ils ont été fabriqués, portés au vent, ou bien connus du monde entier.
 
Récit: Aurore Vaucelle


L'histoire n°1, celle du coquet "bonnet de bain"

Dans la collection de chapeaux de Fabienne Delvigne, on a tout de suite été attirée par cette touche de rose saturé, posée parmi d’autres petits camarades chapeaux, dans l’atelier.
 
Il avait quelque chose du bonnet de bain, ce mignon bibi à pétales, ou alors nous n’y connaissons rien.
Eh bien, on ne s’était pas trompée ! Fabienne Delvigne a regardé dans le rétro et recréé “le bonnet de bain de nos grands-mères”, un bonnet qui, pour la campagne pub, a été mis en scène dans la piscine Molitor, lieu parisien récemment restauré, où l’on patauge et où l’on brunche, après exercice.
 
Et parce qu’on a un petit faible pour le bonnet de bain/chapeau, Fabienne Delvigne a volontiers consenti à l’arborer pour la photo, ce “petit bouton rose qui lutte contre le gris urbain”. Ainsi juché sur la tête de la créatrice, il prend idéalement place dans le jardinet bruxellois de Fabienne Delvigne.
 
Finalement, ce petit “chapeau fleur” est une des nombreuses “coiffures végétales” que Fabienne Delvigne a imaginées durant sa carrière. Les boîtes de pétales qui courent le long du mur de l’atelier rappellent d’autres créations, comme ce chapeau joliment nommé “Extase rosé”, fait d’une rose de démesure, en soie, et de folles plumes.

 

la libreL'histoire n°2, le chapeau de la reine Mathilde, le 21 juillet 2013

Le 21 juillet est un jour de l’année où Fabienne Delvigne ne manque pas de scruter ses créations. Elle est la créatrice qui signe les chapeaux et coiffures de la famille royale de Belgique pour la fête nationale, entre autre.
 
Or, ce mois de juillet 2013, “notre roi Albert abdique…”. “Je me souviens que j’avais l’ambassadrice de Chine dans mes salons quand nous avons appris que le Roi allait s’adresser au peuple belge pour présenter son abdication.” Quelques jours plus tard, le rendez-vous avec la future Reine fut un moment touchant. “La princesse Mathilde venait de choisir le tissu de sa toilette… Nous étions à un peu plus d’une semaine de l’événement. C’était complètement surréaliste… Je voulais que la future Reine ait quelque chose d’extraordinaire, qui devait être à la fois novateur sans être trop extravagant. Je désirais, pour notre Reine, du sublime. C’est alors que j’ai choisi cette nouvelle matière, la fibre d’abaca mélangée avec de la soie…”
 
Oui, mais qu’est-ce que l’abaca, demande-t-on timidement. “C’est une matière naturelle, de fibre de feuilles de bananier; dans ce cas, elle est mélangée avec de la soie […] . Je me rappelle que tous les journalistes voulaient savoir comment serait le chapeau de la future Reine… Ils venaient filmer l’atelier; il y avait une très grande pression. Mais, pour tout vous dire, de mon côté, je n’avais pas encore imaginé le chapeau en question. Un chapeau qui serait vu en mondiovision. Je me suis dit que je devais encore plus donner le meilleur de moi-même. Et puis, je suis tombée sur cette figure en métal, un cheval en fer forgéque l’on voit accroché sur le mur du jardin – , cela m’a rappelé ma grand-mère, mon ange-gardien… À ce moment crucial, je lui ai dit, ‘Granny, faut que tu m’aides, cela fait 28 ans que je crée, et cette fois-ci encore, il faut du jamais vu’. Et j’ai commencé à draper ma matière.”
 
Pour nous, elle s’installe alors à sa table de travail et fait la démonstration de sa technique d’ouvrage… Tout en piquant des aiguilles dans l’abaca, elle poursuit son récit : “Dans ma tête, j’avais une idée précise de ce chapeau. Je ne voulais pas que la coiffe de notre nouvelle Reine prenne le dessus sur le futur Roi, car c’était lui, la personne la plus importante. Je ne voulais pas un trop grand chapeau, il fallait qu’elle soit à l’aise et visible de tous côtés. Je suis partie de l’idée de deux ailes, l’envol de ce nouveau couple régnant. ‘L’envolée’, c’est le nom de ce chapeau.”

Levant les yeux dans le miroir, elle entreprend de nous expliquer la subtilité de l’abaca, matière délicate à travailler. “Nous avons choisi de la teindre dans une couleur très flatteuse au teint de la Reine, un ton beige rosé. Lors de la teinture, la partie soie de la matière muait en rose bonbon, nous perdions tout son chic. Le stress montait au fur et à mesure que la deadline se rapprochait. La pression était au maximum, le téléphone n’arrêtait pas de sonner pour savoir comment serait ce chapeau… qui n’était pas encore réalisé. Enfin, nous sommes arrivées au chapeau souhaité. J’ai présenté la création à notre future Reine qui a eu le coup de foudre dès qu’elle s’en est paré. Nous étions au paradis.” .
 
 
la libreL'histoire n°3, les plumes "vénérées" de la reine Maxima
 
Fabienne Delvigne travaille pour plusieurs familles royales; de Belgique, de Suède, mais aussi avec la famille royale des Pays-Bas. Elle nous fait le récit du chapeau arboré par la reine Maxima lors du mariage du prince Guillaume de Luxembourg. “La Reine avait choisi le modèle Secret Dream. Elle l’adorait mais voulait, je cite, ‘trois grandes plumes’. Je me souviens lui avoir dit : ‘Mais, Madame, vous allez chatouiller tout le monde’, ce à quoi elle me répondit  : ‘Pas de problème’.”

J’aime travailler avec cette reine, car elle se connaît bien. Pour elle, nous souhaitions jouer sur un critère qui est le sien : s’adapter à la façon dont elle se bouge . Et donc ce chapeau a été imaginé pour qu’il suive le mouvement de sa démarche . Ainsi, le chapeau ne fait que souligner son élégance naturelle . En fait , mon métier, c’est un peu le travail du sculpteur et de l’architecte. Je sculpte la matière et, ensuite, il faut trouver le point d’équilibre Et parfois c’est une affaire de millimètres… C’est une de mes mamans chapeaux (NdlR : des femmes qui l’ont guidée dans sa carrière de créatrice) qui me le disait : quand vous êtes en création, vous arrêtez de respirer. Je suis tellement concentrée que je sais quand je suis parfaitement en osmose avec cette recherche d’équilibre.”
 
On lui demande de nous raconter un peu la genèse de ce chapeau “gratte-ciel”. “Quand j’ai eu l’échantillon du tissu de la toilette, j’ai décidé de mettre de la lumière dans cette tenue, mais je ne voulais pas de plumes blanches; je ne voulais pas de plumes de carnaval . J’ai commandé à l’étranger, et en express, des plumes naturelles de faisan vénéré; j’ai demandé les plus claires possibles mais quand elles sont arrivées, elles n’allaient pas du tout, et nous n’avions pas le temps d’en recommander . Alors, nous avons commencé nos tests; il fallait éclaircir la teinte. On parvient à un ton ocre et, le lendemain, j’ai rendez-vous avec la Reine… Mais, dans la nuit, l’acide utilisé avait mangé la plume. Et vous savez que ce que je veux, pour mes clientes, c’est la perfection; elles doivent être les plus belles Pour finir, on trouve LA solution. On fait l’ébauche du chapeau, les plumes sont mises une à une pour le mouvement le plus élégant, et le chapeau part directement avec un chauffeur vers la Reine. Évidemment, nous ne l’avions pas vu fini, porté, et le risque, c’était que cela fasse déguisement… Alors quand, durant la diffusion télévisuelle, nous avons vu sortir la Reine de son véhicule, c’était fabuleux, il y a eu un blanc même… Les plumes suivaient la démarche élégante de Maxima.”.

Infos et modèles sur le site http://www.fabiennedelvigne.be


Ph.: Johanna de Tessières / Reporters Agency/Patrick Van Katwijk / Reporters

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