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05/09/2015

Les jardins du musée Van Buuren

La Libre, Momento, Dehors, jardins, visite, musée Van BuurenMagnifiquement restaurés, ils sont de précieux témoins de l’art des jardins en Belgique. À voir ou à revoir.

En balade: Marie Pascale Vasseur et Marie Noëlle Cruysmans

PEUT-ÊTRE AVEZ-VOUS DÉJÀ eu l’occasion de visiter le musée van Buuren lors d’une journée culturelle ou, plus loin, lors d’une sortie scolaire ?
L’occasion est belle d’y retourner. Une partie des magnifiques jardins qui entourent cette élégante maison de briques rouges, avenue Errera à Uccle, vient d’être entièrement restaurée par l’architecte paysagiste Anne-Marie Sauvat de l’Atelier Eole. Et cela avec brio puisque la Commission européenne et la fondation Europa Nostra (Fédération européenne des ONG dans le domaine du patrimoine) lui ont décerné ce printemps le prix du patrimoine culturel. Une prestigieuse récompense pour un jardin privé étonnant.
 
David et Alice van Buuren
 
Est-il utile de vous rafraîchir la mémoire ? Rappelez-vous l’histoire de David van Buuren, banquier d’origine néerlandaise, et de son épouse Alice, grands amateurs d’art qui ont rassemblé dans leur villa art déco, construite à la fin des années 20, une collection de tableaux et sculptures de maîtres majeurs du XVe au XXe siècle.

Notamment des œuvres de Breughel, Fantin-Latour, Ensor, Van Gogh, mais aussi de Van Dongen, Ernst, Permeke ou Wouters. Sans oublier G. van de Woestijne dont 32 œuvres sont réparties dans les différentes pièces.
 
Cette belle maison renferme également toute une série d’objets, d’éléments de décoration, de pièces rares de mobilier, de vitraux extraordinaires. Aujourd’hui, elle est devenue un musée. En effet, n’ayant pas d’enfant, Alice, veuve, décide en 1970 de créer une fondation privée à laquelle elle lègue l’ensemble : la maison, le jardin et les œuvres d’art avec la condition de la conservation du patrimoine et de son ouverture au public. Cinq ans plus tard, le musée van Buuren ouvrait ses portes.
 
Les jardins
 
Souvent, les enfants se souviennent d’un labyrinthe de verdure. Une sorte de dédale amusant, planté d’un millier d’ifs d’1m 20 de haut sur un parcours interminable d’environ 500 m où ils aiment se perdre et découvrir par surprise les sculptures qui s’y cachent.

D’autres, en revanche, se remémorent le jardin du Cœur, un hommage poétique d’Alice à son mari défunt, une sorte de jardin secret, clos, intimiste, dissimulé derrière des haies où sont plantés des petits buis en forme de cœur. Ces deux magnifiques jardins sont ajoutés à la fin des années 60 par l’architecte paysagiste René Pechère. Pour lui, ils représentent des œuvres phares.
 
Les premiers jardins datent en réalité de 1927 et 28, de l’époque de la construction de la villa. Dessinés par Jules Buyssens, architecte de jardin renommé, en totale harmonie avec son style. Buyssens, maître de René Pechère, est notamment l’auteur du Parc Astrid, de celui d’Osseghem, du théâtre de verdure au pied de l’Atomium ou de la roseraie du parc Tournay Solvay à Bruxelles. De commun accord avec les époux van Buuren, il propose une série de petites scènes différentes à admirer à partir des fenêtres de la maison. Chacune étant cadrée sur base des ouvertures. De quoi rêver. De-ci, une rivière presque naturelle, de-là un muret fleuri, ailleurs une roseraie au dessin formel, une rocaille ensoleillée, un talus ombragé ou un parterre mêlant joyeusement fleurs et feuillages. Chaque partie est délimitée par du minéral, élément caractéristique des jardins des années 20. Des cheminements de pavés, pierre naturelle, petit gravier, pas japonais, des terrasses et également des escaliers servant à camoufler le dénivelé de 4 mètres entre le haut et le bas du terrain. Le résultat ? Un jardin éclectique rempli de contrastes, de couleurs, d’ombre et de lumière.
 
Pittoresque  ?
 
Le jardin du musée van Buuren est un exemple parfait de ce qu’on appelle dans le jargon de l’art des jardins un “nouveau jardin pittoresque”, du nom de ce mouvement créé en 1913 par Buyssens notamment. Il ne faut pas oublier qu’en ce temps-là, la Belgique est un pays incontournable dans le domaine horticole. Avec ce mouvement, vient une nouvelle approche à la fois scientifique et esthétique.
La nature y règne en maître. Elle est la première source d’inspiration.

Le jardin ne fait alors qu’évoquer des situations naturelles dans un espace restreint. Les arbres, les arbustes et les plantes vivaces sont plantés pour donner un effet spontané voire poétique.
 
Ici, une rivière bordée d’un amas de roches naturelles simule un fond de vallée et une rocaille (très en vogue à l’époque) est dédiée à la flore alpine. Deux roseraies aux motifs plus formels complètent le tout. Elles sont surmontées de pergolas accueillant des rosiers grimpants.

Une nouveauté en ce début de siècle. Un mur de soutènement surmonté de caniveaux de briques, d’ingénieuses rigoles nécessaires au cheminement de l’eau, reçoit dans chaque anfractuosité quelques boutures de giroflées, œillets, arabettes, alysses, valérianes, joubarbes et nous en passons.
 
Restauration
 
Lorsque l’architecte paysagiste Anne-Marie Sauvat est appelée en 2009 par le musée van Buuren et la Région bruxelloise pour intervenir dans la restauration de ce jardin, il n’y a pratiquement plus de traces du jardin originel.

Sa structure est totalement anéantie. L’herbe a grignoté les bords des chemins, les murs de soutènement sont dégradés par des infiltrations d’eau, le ruisseau enfoui sous la végétation et les roseraies ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. Consciente de la valeur pédagogique des jardins historiques, Anne-Marie Sauvat se met au travail. Pendant 4 ans. Elle réalise une étude historique, analyse les photos, les plans et dessins d’époque, consulte les catalogues et listes de plantes.
 
La restauration s’effectue en deux étapes : d’abord les travaux de nettoyage et d’abattage, puis ceux de reconstruction et de remise du jardin à l’identique. Petit à petit, les traces des structures visibles sur les anciennes photos sont retrouvées.

Petit à petit, le jardin fait peau neuve. Ce n’est donc pas un hasard que la Commission européenne et la fondation Europa Nostra lui octroient ce printemps le prix du patrimoine culturel.
 
 
MUSEUM VAN BUUREN
Avenue Léo Errera, 41, à 1180 Uccle.
T. + 32 (0) 2. 343. 48. 51
www.museumvanbuuren.be
Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 14 h à 17 h 30.
 
LES JOURNÉES DE LA LIBRE
Dans le cadre des journées de “La Libre”, une visite guidée de la maison et des jardins est organisée le dimanche 27 septembre prochain à 10 h 30. Inscription avant le 10 septembre. Voir publicité dans “La Libre”.
 

Ph.: MNC & MPV

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