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05/09/2015

Luthier, un métier d’art (isanat)

La Libre,Momento, Coulisses, luthier, violon, fabricationL’atelier de Thomas Meuwissen vous ouvre ses portes. Installé dans le Musée des instruments de musique, vous y découvrirez comment naissent les violons.
 
Louise Lagrost (St.)


INSTALLÉ EN PLEIN CŒUR de Bruxelles, à deux pas de la Place des Palais, le musée des instruments de musique (Mim) attire chaque année quelque 125 000 visiteurs. Aux côtés de ses riches collections, nous vous recommandons de monter jusqu’au 7e étage. C’est là que vous découvrirez un atelier de lutherie installé depuis la fin du mois de mai. C’est le domaine de Thomas Meuwissen qui est en résidence au Mim pour une durée de deux ans. Ce Belge dont le nom a largement franchi nos frontières y honore une commande particulière de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth : confectionner un quatuor à cordes, à savoir deux violons, un alto et un violoncelle. Des instruments qui seront ensuite mis à la disposition des étudiants de la Chapelle, les “stars de demain” comme les appelle le luthier.
 
Immersion
Si Thomas Meuwissen a quitté son atelier habituel, ce n’est pas par simple envie de changer de décors. Son installation dans les murs du Mim a aussi un objectif bien précis : faire découvrir au public son métier et son art. Derrière de larges baies vitrées, les conditions d’un authentique atelier de lutherie ont été reconstituées à l’identique pour immerger le public. “Je voulais mettre en évidence mon métier”, explique Thomas Meuwissen. Beaucoup de gens ne savent pas que des violons se fabriquent encore et qu’ils peuvent avoir une qualité comparable aux grands instruments ayant une valeur historique.” Pour réaliser son quatuor à cordes, le luthier mettra en œuvre toutes les connaissances acquises au cours de sa longue formation (lire ci-contre) tout en y laissant son empreinte personnelle qui sera d’ordre esthétique. “Je me sens quand même plus artiste que copiste”, confie-t-il. “Je fais des instruments qui ont les qualités des grands instruments comme Stradivarius, mais esthétiquement je m’inscris dans une tradition locale. C’est un concept original.”
 
Des visites commentées
A partir de ce mois de septembre, les visiteurs du Mim n’auront plus seulement l’occasion de voir le travail de l’artisan à travers les baies vitrées, ils pourront aussi le rencontrer et découvrir son atelier de l’intérieur à l’occasion de la visite mensuelle désormais proposée. Sur fond de musique, classique bien sûr, vous découvrirez les outils et toutes les étapes dans la fabrication artisanale d’un violon, du dessin jusqu’au vernis en passant par le choix du bois, la sculpture de la caisse de résonance et du manche, et l’âme du violon. L’âme, ce petit cylindre de bois qui, coincé à l’intérieur de l’instrument une fois celui-ci terminé, a un effet incroyable sur sa sonorité. Bougez-le d’à peine un millimètre et il modifiera complètement le son produit par le violon. Cette visite constituera aussi un moment privilégié car les participants pourront dialoguer avec le luthier. Une aubaine puisque Thomas Meuwissen est un puits de connaissances sur le monde de la lutherie, qu’il ne dissocie pas du monde de l’art et principalement de la peinture. Ce sera l’occasion d’apprendre, par exemple, qu’un violon est le plus souvent composé de quatre bois – l’érable, le saule, l’épicéa et l’ébène – mais aussi qu’un bon instrument peut être utilisé au moins 450 ans.
 
 
La révolution de la lutherie
 
S’il est encore rare que de grandes institutions comme la Chapelle Musicale commandent des instruments contemporains cela commence à se faire de plus en plus, ce dont se réjouit notre luthier. “C’est une réussite personnelle mais aussi pour la lutherie en général”, commente Thomas Meuwissen.
Car l’objectif que poursuit l’expérience conduite au Mim avec l’implantation de son atelier ne se limite pas à montrer au public l’univers dans lequel évolue et travaille l’artisan, elle permet aussi de revaloriser un métier et tout ce qui l’entoure.
 
En passe de disparaître voici quelques décennies, la profession de luthier connaît un second souffle depuis les années 60. Les jeunes sont de plus en plus nombreux à revenir à la fabrication artisanale des instruments de musique. Thomas Meuwisen lutte d’ailleurs pour que celle-ci soit reconnue. Il compare la situation actuelle avec le mouvement “Arts and Crafts” (“Arts et Artisanats”) qu’a connu le monde artistique au Royaume-Uni, entre 1860 et 1910. “C’était une réaction et une révolution contre la société industrielle. Je pense qu’on a maintenant besoin d’une révolution contre la production et la consommation de masse”, dit-il. C’est pourquoi il souhaite combattre les préjugés concernant la lutherie contemporaine et convaincre les gens, qu’ils soient musiciens ou non, que l’artisanat a toute sa place dans le monde de la musique. Et en ouvrant les portes de son atelier, il entend également ouvrir celles de la musique classique : “Je pense que les gens écouteront différemment la musique classique s’ils connaissent tout le travail qu’il y a autour d’un violon.”
 
 
Bio express
 
Passionné de sculpture et d’architecture, Thomas Meuwissen s’est initié à l’art de confectionner des violons en Belgique avant d’intégrer la prestigieuse “Newark School of Violin Making” britannique. Une fois diplômé, il a poursuivi sa formation dans plusieurs ateliers dont ceux de Premysl Spidlen à Prague et de Frédérique Chaudière à Montpellier.
 
Membre de l’“Entente internationale des maîtres luthiers et archetiers d’art”, il s’est spécialisé depuis 1987 dans la production de violons, d’altos et de violoncelles et dans la copie à l’identique des prestigieux instruments des maîtres italiens des XVIIIe et XIXe siècles. Lauréat de nombreuses récompenses dans des concours internationaux, ses instruments sont présents dans différentes collections privées et publiques de renom telles que celles du Conservatoire royal de Bruxelles, du Conservatoire d’Amsterdam, de la Beckett Collection au Royaume-Uni et de la Hochschule für Musik : Felix Mendelssohn-Batholdy en Allemagne.
 
 
En pratique
 
Le Musée des instruments de musique (Mim). Montagne de la Cour, 2, à 1000 Bruxelles. Mardi au vendredi : 9 h 30 à 17 h; samedi, dimanche et jours fériés : 10 h à 17 h. Tarifs : 8 euros/pers. entre 26 à 64 ans; 6 euros/pers. entre 19 à 25 ans et plus de 65 ans; 2 euros/pers. entre 4 à 18 ans et pour les demandeurs d’emploi, les personnes handicapées et les bénéficiaires d’un revenu d’intégration. L’entrée est gratuite pour les 0 à 3 ans, les enseignants et les étudiants de l’enseignement artistique supérieur en Belgique. Tél : 02/545.01.30. Site Internet : www.mim.be.
 
L’atelier de Thomas Meuwissen. Les visites mensuelles ont lieu le 3e vendredi de chaque mois en matinée. Elles durent environ 1 heure chacune (30 minutes d’explications suivies d’une discussion avec le luthier). Tarif : 4 euros/pers.; 2 euros pour les enfants de moins de 12 ans. Les inscriptions obligatoires se font au 02/545.01.33 ou par mail via le site du Mim : www.mim.be. Les visites sont programmées le 18 septembre, le 16 octobre, le 20 novembre et le 18 décembre. Le site Internet de Thomas Meuwissen : www.meuwissen-violins.be.
 
 
Ph.: Jimmy Kets

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