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13/09/2015

La Belgique, terre d’aventure d’un genre nouveau

la libre,momento,coulisses,urbex,exploration urbaine,photo,exposition,belgiqueEn un peu plus de deux décennies, l’exploration de lieux abandonnés par l’homme est devenue une activité de plus en plus prisée. En raison de son passé, notre pays comporte de nombreux sites prisés. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la pratique comporte des dangers importants qu’il ne faut pas sous-estimer.

Reportage: Louise Lagros


L’URBEX, OU EXPLORATION URBAINE, consiste à visiter des lieux construits puis abandonnés par l’homme, qu’il s’agisse d’habitations, de vieilles bâtisses, de friches industrielles, de mines, etc. C’est au Canada que cette discipline trouve ses racines modernes, sous l’impulsion de l’explorateur Jeff Chapman (voir “Les origines” ci-dessous). C’est à lui que l’on doit la codification de l’urbex, les règles de l’art à respecter. A savoir : ne rien prendre, à part des photos, et ne rien dégrader.
La motivation de ces explorateurs d’un nouveau genre n’est donc ni de démolir, ni de voler mais bien de découvrir et d’observer. Pas question de casser une porte, une fenêtre ou autre pour accéder aux lieux. Sans accès direct, les bons urbexeurs feront demi-tour.
 
Attention, danger
Parmi les autres principes de l’urbex figure également la règle de ne jamais dévoiler d’informations sur les lieux visités. Si des photos sont publiées sur Internet, aucune indication permettant une identification facile des sites et des moyens pour y accéder n’est donnée. C’est pourquoi les images qui accompagnent cet article ne comportent pas de légende. L’objectif étant de protéger l’endroit des pilleurs, de garder une aura de mystère et de susciter l’intérêt d’autres “urbexeurs” en leur laissant le plaisir de chercher et de trouver par eux-mêmes.
Si la démarche paraît intéressante et braver l’interdit suscite toujours la curiosité, il faut rappeler que l’exploration urbaine comporte des risques très importants. Laissés à l’abandon, sans entretien, les sites se dégradent très vite et deviennent des pièges qui peuvent s’avérer mortels. On ne s’improvise donc pas “urbexeur”. Il faut savoir où on va, ce qu’on fait et comment on le fait, sans quoi on peut le payer de sa vie, ni plus ni moins.
 
Loisir, patrimoine et art
A la manière du “street art”, l’urbex est une discipline qui tend à s’inviter de plus en plus dans les expositions, voire dans les galeries. De ces explorations naissent souvent des photographies hors du commun. Certains des lieux immortalisés sur pellicule n’existent plus car ils ont été démolis depuis. Les photographies prises deviennent alors les seuls témoignages d’un passé révolu, une sorte de mémoire de ces sites autrefois abondamment habités. À ce titre, l’urbex est donc, selon certains, une activité qui se situe entre le divertissement, la préservation de la mémoire patrimoniale et l’art à part entière.
 
 
Les origines
 
Il est difficile d’établir avec précision à quand remontent les premières initiatives visant à explorer des lieux urbains à l’abandon. Braver l’interdit, découvrir ce qui s’y cache a de tout temps fait partie de la nature humaine. Sans remonter trop loin dans le temps, on se rappellera que d’intrépides aventuriers se risquaient, dès le début du XXe siècle, dans les dédales du métro new-yorkais au péril de leur vie. Les accidents mortels ont d’ailleurs été légion à l’époque.
Moins loin, et dans le temps et géographiquement, on pense aussi au mouvement dit des cataphiles qui, à Paris, dans le courant des années 80, a décidé de faire des souterrains parisiens, et en particulier des carrières, son terrain de chasse.
Mais c’est au Canada qu’il faut aller chercher celui qui a popularisé, dans les années 90, ce qui est aujourd’hui devenu une véritable discipline tant elle a pris de l’essor. Il s’agit de Jeff Chapman, un explorateur urbain plus connu sous le pseudonyme de “Ninjalicious”. On lui doit l’appellation urbex, contraction de l’anglais “urban exploration”. C’est également lui qui a posé les bases des règles de l’art de ce type d’exploration avec la maxime bien connue dans le milieu : “ne rien prendre, à part des photos; ne rien laisser, à part des traces de pas; ne rien tuer, à part le temps.”
 
 
la libre,momento,coulisses,urbex,exploration urbaine,photo,exposition,belgiqueFabrice Murgia invite l’urbex dans “Karbon Kabaret”
 
Le 19 septembre, la place Saint-Lambert à Liège sera le théâtre d’un événement considérable : la représentation de Karbon Kabaret.
Il s’agit de l’opéra urbain mis en scène par Fabrice Murgia dans le cadre de Mons 2015, capitale européenne de la culture, et donné à l’occasion des Fêtes de Wallonie (à lire dans les pages Culture de votre “Libre Belgique”).
 
Revivre
Mêlant de nombreuses disciplines artistiques, ce grand rendez-vous fera aussi appel aux technologies les plus récentes et impressionnantes. Ce sera le cas du mapping, la projection d’images vidéo et de photos sur la façade du Palais des Princes-Évêques.
Et c’est un collectif liégeois, Spray Can Arts, qui s’est vu confier la réalisation de cette animation géante dont le but est de rappeler le passé industriel de la province de Liège. Celle-ci fut une des régions les plus importantes du pays dans ce domaine.
Aujourd’hui, de nombreux lieux ont fermé leurs portes, parfois depuis très longtemps, mais les habitants qui les ont connus en gardent toujours le souvenir. Ils sont également nombreux à en avoir entendu parler par un parent, un grand-parent, etc. C’est pourquoi Fabrice Murgia a souhaité faire revivre ce passé en l’intégrant dans la mise en scène.
Ces lieux revivront donc sur la façade du Palais des Princes-Evêques parce qu’ils font partie intégrante de l’âme de la région liégeoise.
 
En immersion
Un mercredi, en milieu de matinée, nous retrouvons les membres de Mosa UrbeX, un groupe d’explorateurs urbains.
Cela fait déjà plusieurs heures qu’ils arpentent un lieu bien précis chargé d’histoire à la recherche des images qui feront ressurgir les souvenirs de ceux qui les ont fréquentés et permettront à ceux qui en ont entendu parler sans jamais avoir pu y accéder de découvrir ce qui s’y cache. A proximité, un panneau affiché sur la façade d’un bâtiment annonce la couleur : “Accès interdit, danger, propriété privée”. De quoi effrayer un passant mais certainement pas un “urbexeur”. Équipés de bonnes chaussures de marche, de sacs à dos, d’une bouteille d’eau et surtout de quoi immortaliser les lieux (appareil photo, caméra Go Pro ou encore drone télécommandé), nous voilà partis pour une “visite” loin des sentiers battus. On se sent enfant et brigand tout à la fois.
 
Seul au monde
Fidèles aux principes de la discipline, pas question de pénétrer dans les lieux par effraction.
Nous ne cassons rien, nous entrons simplement par un petit chemin forestier. Sur place, personne.
Le site est désert, silencieux, totalement abandonné. C’est très impressionnant. Le temps semble s’être figé. On se sent tout petit, seul au monde.
Un peu comme le dernier homme sur Terre planté au milieu d’un immense décor post-apocalyptique.
Les travailleurs d’antan semblent avoir quitté les lieux avec précipitation, laissant derrière eux leurs équipements et affaires personnelles.
A cela se mélangent, malheureusement, des cannettes de bière, des paquets de cigarettes et d’autres déchets en tous genres laissés par les squatteurs qui, de temps à autre, s’invitent sur place. A l’abandon pendant des années, l’endroit a été pillé par les ferrailleurs convoitant en particulier le cuivre présent sur place. Les murs sont couverts de graffitis, ce que déplorent les “urbexeurs” : “C’est dommage, mais on ne peut pas leur en vouloir, ils expriment aussi leur art.”
 
L’aboutissement
On passe de pièce en pièce, foulant le sol avec la plus grande précaution. Inutile de dire que le danger est absolument partout dans ces installations délaissées… Sous nos pieds, au-dessus de nos têtes, etc. Mais en parcourant ces vestiges qui furent un jour le quotidien de tant d’autres personnes à l’époque où ils étaient en activité, on a l’impression de partager le vécu de ces gens, de suivre leur histoire. En quelque sorte, de pénétrer dans leur intimité. On comprend alors mieux ce qui motive tant les explorateurs urbains qui partent inlassablement à la découverte de nouveaux endroits du même genre. C’est un peu l’aboutissement d’une chasse au trésor, la découverte d’un butin tant convoité.
 
 
Expo
 
En marge de l’opéra urbain “Karbon Kabaret”, la Centrale des arts urbains, à Liège, accueille une exposition consacrée à l’événement et à ceux qui y ont participé. Du 18 septembre au 3 octobre, vous pourrez notamment y découvrir des séries de photographies issues de l’exploration urbaine.
Mais aussi des réalisations signées par des street-artistes ainsi que d’autres productions.
Les artistes suivants sont représentés : Sofie Vangor, Clémentine Piet, le Creahm, 2Shy, Jérémy Goffart, Them83, Dominique HoucmantI Goldo, Giacinto Caponio, Mon Colonel & Spit; le collectif Mosa UrbeX et Michaël Nicolaï.
 
Rens. : exposition “Karbon Kabaret, à la Centrale des arts urbains, rue En-Bois, 6, à 4000 Liège.
Ouvert les jeudi, vendredi et samedi de 14 h à 18 h ou sur rendez-vous.
www.spraycanartasbl.be
 
 
Ph.: ©Dominique Houcmant Goldo & ©Michaël Nicolaï

Commentaires

Malheureusement ces urbexeurs du monde Urbex nous ramènent souvent des photographies d'une très grande faiblesse et sans grand intérêt artistique comme si le fait de prendre des photographies passait avant le regard du photographe...
Allez voir les forums belges consacrés à l'urbex : le niveau photographique est assez pitoyable. Je n'en connais aucun qui sort du lot. On y voit des photographies mille fois vues ou des photographies sans composition ou dénuées d'intérêt.

Écrit par : Romain | 15/09/2015

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