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13/09/2015

Les restes du domaine princier

la libre,momento,vie de château,château,barbençonBarbençon a été réhabilité par des Hollandais naguère. Du château du XIIIe siècle, il reste un considérable châtelet.

Philippe Farcy


BARBENÇON MÉRITERAIT UN LIVRE entier, comme tant d’autres châteaux importants de notre territoire, mais il n’en existe que des plaquettes et des articles qui laissent toujours sur leur faim.
Inutile donc de vous dire que vous sortirez de cette page affamé, tout comme votre serviteur qui attend de passer bientôt et en totalité sur les pages Internet du journal pour vous abreuver davantage.
 
Barbençon, ce fut un lieu majeur dans le comté de Hainaut. Toutes les familles qui y passèrent, bien peu d’ailleurs, y jouèrent un rôle de premier plan. A partir de la Révolution française, les choses se gâtèrent quelque peu et, du château-fort, il ne resta que ruines, sauf le puissant châtelet d’entrée érigé en moellons de grès appareillés qui donne quand même une idée de la perte que nous subissons toujours. Il est là, témoin d’un passé glorieux et dominant toujours le lac qu’alimente le petit ruisseau Barbesigneau, affluent de la Hantes. De la colline du Fayt, on peut avoir une vue d’ensemble du village (un peu plus de 500 âmes), et de ses vieilles maisons typiques du Hainaut mais qui furent françaises de 1678 au Congrès de Vienne. Le retour aux Pays-Bas se fit au grand dam des populations locales. Cette intégration dans le Hainaut belge, à défaut d’en avoir un français, tenait toutefois d’une logique historique, comme on le verra plus loin. Le village était connu pour ses carrières de marbres, noir (comme à Mazy et Theux) et rouge (on dit, par ici, que le tombeau de Napoléon est couvert du rouge de Beaumont), et de verreries dont les Colnet, sires de Carnaux, furent les principaux propriétaires.
 
Pour ce qui concerne la seigneurie de Barbençon, la commune de Beaumont a édité en 2001 une plaquette qui reprend une partie des écrits de Théodore Bernier (1843-1893), libraire et érudit, publiés en 1871. Ces textes font référence car, depuis l’incendie des archives de Mons en 1940, l’histoire manuscrite de cette partie du Hainaut a disparu.
 
Le comte Joseph de Saint-Genois des Mottes avait lui aussi travaillé sur la question au XIXe siècle.
Le château ancien consistait en une haute enceinte flanquée de quatre tours rondes engagées, outre le châtelet d’entrée conservé. Des fossés remplis d’eau le protégeaient. Un pont-levis était présent bien sûr. Voilà qui devait ressembler à une petite Bastille.
 
Sur les ruines du vieux château, on construisit en briques et pierre bleue, un château néo-classique de cinq larges travées de long et d’une travée de largeur. Il montait sur deux niveaux égaux, posés sur un soubassement ajouré. La toiture en pavillon était piquée de quatre cheminées. Les baies du bas possédaient des impostes en demi-cercles. D’épais bandeaux séparaient les niveaux. C’était le château de Monsieur Simonis. Il brûla après la Seconde Guerre mondiale et ne fut pas reconstruit avant l’arrivée des Bymoen, citoyens néerlandais arrivés ici après une vente via le Comptoir foncier de Huy, datant de 2002. On signalait alors que le territoire consistait en un hectare, trois appartements dans le châtelet d’entrée et les ruines du château “moderne”.
 
Il y avait bien sûr un parc, mais dans les années 50-60, il a été loti et les maisons ont poussé comme des champignons. Il reste ce qui fut la belle allée menant au château et les superbes piliers d’entrée qui datent du XVIIIe siècle. Depuis 2002, des travaux ont été entrepris mais la reconstruction n’a pas atteint la totalité du logis précédant, ce que Wouter et Lies Bymoen ne voulaient pas entreprendre d’ailleurs.
Barbençon vit passer la fine fleur de l’aristocratie belge et française. Il y eut plusieurs branches, toutes éteintes et situées sur des terres du Hainaut et du Namurois.
 
Comme nous le signalait un généalogiste émérite, “il s’agit d’une des plus illustres maisons du Hainaut dont la branche aînée s’est éteinte dans les Ligne (Sibylle de Ligne, baronne de Trazegnies, a même fait saisir au XVe siècle la baronnie de Barbançon qui est finalement restée à son frère Guillaume, ancêtre des ducs d’Arenberg)”. Sa plus illustre branche cadette fut celle des Barbançon, seigneurs de Werchin, et celle de leurs cadets, les Barbançon, seigneurs de Cany. Il y eut aussi les Barbançon de Vierves et les Barbançon de Villemont, devenus vicomtes de Dave. Leur célébrité et leur fortune furent grandes à tel point que “le portrait par Van Dyck de Marie de Barbançon, vicomtesse de Dave, épouse d’un Arenberg, prince de Barbançon, se trouve à Chatsworth chez le duc de Devonshire.
 
Le premier Barbençon connu vivait au début du XIIe siècle. Il s’agissait d’Isaac, sire par ailleurs de la Buissière, pair du Hainaut déjà, marié à Marie de Rumigny, fille de Hughes et d’Alix de Hainaut.
 
On voit que, déjà à cette époque, les seigneurs de ce lieu fréquentaient les cours princières. Les barons de Ligne arrivèrent ici par le mariage vers 1378 de Jean II avec Eustache de Barbançon, fille de Jean III et d’Yolande de Gavre, des sires de Steenkerke. En 1616, le flambeau fut transmis aux d’Arenberg (qui sont des Ligne), à travers Albert quand il épousa sa cousine Marie, fille d’Evrard et de Louise d’Oostfrise. 98 ans plus tard, on vit arriver par mariage le comte Henri-Anne-Auguste de Wignacourt, décédé en 1760. Il semble qu’il vendit le domaine en 1725 à Philippe-Jean d’Anneux, marquis de Wargny, baron de Crèvecœur, vicomte de Cambrai, dont la mère était Marie-Louise de Groesbeeck. Ils furent les derniers seigneurs de Barbençon.
 
 
Ph.: Ph. Fy. (2005)

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