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19/09/2015

Portrait d’une designer pleine et entière

La Libre, Momento, Tendances, Marine Serre, portrait, , belgeLa parole est souvent donnée aux créateurs confirmés. Et tous les autres alors, qui s’assoient sur les bancs de l’école de stylisme ?
 
Rencontre pré-rentrée: Aurore Vaucelle


C’ÉTAIT LA RENTRÉE académique à La Cambre ce 14 septembre. Mais Marine Serre n’étrennait pas son nouveau plumier. Elle était déjà lancée dans le stage qu’elle réalise pour valider la 5e et dernière année de son cursus de stylisme à La Cambre. Un stage qu’elle réalise dans le studio de la maison Dior. Faut-il préciser que sa collection de fin de 4e année avait été extrêmement remarquée au cours du fameux défilé de La Cambre en juin dernier ? On dit que Pieter Mulier, le bras droit de Raf Simons chez Dior, eut un coup de cœur pour les couleurs de cette collection fantasque et tonique de Marine Serre…
 
… Une collection qui frappe en effet par sa qualité et dont la liste des collaborateurs est hyperpro quand on y regarde de plus près : la ganterie Agnelle, et les plissés Lognon, deux maisons d’artisanat traditionnel qui travaillent avec les maisons de luxe. Charles Kaisin, le designer belge de tête d’affiche, comme sponsor et mentor. Bref, ce que vous nous dites, Mademoiselle Serre, c’est que le stylisme, c’est de l’engagement pas seulement esthétique…
Cela coûte énormément d’argent de faire une collection, et j’ai dû présenter mon projet à beaucoup de gens. En fait, c’est une collection très riche, du coup sans argent, ce n’était pas réalisable. Sans argent, ça peut juste mal se passer [dans ce milieu], car on est tout de suite réprimandé.
Et puis, ce qui me semblait important dans l’idée de cette collection, c’était de faire travailler des artisans. Ces collaborations ont fait la différence. D’autant que je voulais que chaque pièce soit visible et honnête.
 
Quand on s’engage dans ce genre de cursus, on ne sait pas où cela va nous mener, si on aura envie plus tard de lancer sa collection…
Déjà, faire ce stage chez Dior permettra de confirmer ce qui me plaît dans le métier. J’ai travaillé chez Margiela et, avant, chez McQueen. C’était vraiment magnifique mais j’ai pu me rendre compte de la difficulté de ce milieu, des valeurs qui ne sont pas forcément les miennes… Je pense que les gens ne prennent plus le temps [dans la mode], d’où la tradition qui se perd et l’échange social aussi d’ailleurs, à l’intérieur des maisons. Je ne dis pas que je veux changer cela parce que je vais chez Dior [NdlR modèle de grande maison par excellence], mais je veux demeurer les yeux grands ouverts… Si un jour je lance une collection, c’est que j’aurais une idée, et pas seulement pour faire de beaux vêtements…
 
Vous trouvez que la mode actuelle manque un peu d’idée ?
Il y a un manque d’amour presque… Parce que ça demande du temps. Moi la première, je dois monter vite une collection en un an. Et en même temps, c’est ça l’esprit de la mode.
D’où cette volonté de faire quelque chose de beau même furtif. On crée une histoire, par goût du beau, même quand il est éphémère.
 
Quel regard portez-vous sur cet enseignement de la mode à La Cambre qu’on met parfois en cause parce qu’on le dit détaché du réel ?
Le problème des gens qui ont le sentiment d’être éloignés du réel, c’est qu’ils ne prennent pas le temps de le voir. Alors certes, à La Cambre, il n’y a pas de budget mais l’enseignement est fait avec passion. Le cursus apprend des techniques; et tout styliste doit être un artisan technicien. Les trois premières années, c’est d’ailleurs cela qu’on apprend.
Et puis, quand tu n’as pas l’argent, tu essaies de trouver des sponsors; tu envoies 200 mails et tu reçois cinq réponses; là, tu comprends ce qu’est le monde réel, qu’il va falloir sortir du cadre.
 
Précisément, vous avez trouvé un moyen d’éditer votre collection de bijoux créés pour votre défilé de fin d’année scolaire…
J’ai suivi l’option bijoux à La Cambre, avec Didier Vervaeren, et c’est ainsi que j’ai rencontré la créatrice belge Marie-France. On a travaillé ensemble à l’évolution de la collection du défilé pour la sortie d’une collection de quelques pièces, en boutique à partir du 1er octobre (infos : http://www.lesbijouxdemariefrance.be)
 
 
Ph.: Christophe Bortels

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