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20/09/2015

Vivier l'Agneau, sauvée in extremis

La Libre, Momento, Vie de château, Vivier l'Agneau, Courrière, châteauCe château et sa ferme situés à Courrière, sur la N4, ont échappé de peu à la destruction faute d’entretien. Sauvetage remarquable.

Philippe Farcy


JADIS, QUAND LES VOIRIES ÉTAIENT empruntées par de rares chariotes à bœufs, habiter dans un château en bord de route ne représentait guère d’inconvénient. Le XIXe siècle finissant a apprécié placer de grosses demeures non loin des chaussées afin de montrer aux gens des environs la réussite sociale des édificateurs. Quand il s’agit de l’Ancien Régime, la chose est plus rare, à moins d’être en cœur de village comme à Roumont (celui de Tellin – Ghellinck –, car celui de Libramont du XIXe siècle finissant – Coppée –, quoiqu’esseulé, voulait aussi se montrer) ou comme à Villers-devant-Orval (Guerlot-Chariot) ou à Verlaine (celui des environs de Durbuy; Dellicour).
 
Sac d’or
Vivier l’Agneau, du fait de sa longue histoire, possède toutes les caractéristiques susmentionnées. Il est ancien et moderne, il est homogène dans ses dépendances et éclectique dans la demeure principale, dont on n’eut de cesse de l’améliorer. Et ce fut encore le cas à partir de 2008, quand Philippe Lambert (Villeroy SA) décida de restaurer l’ensemble.
 
Il y a jusque dix ans de cela, en vieil habitué de la N4 que nous sommes, nous voyions cette bâtisse tomber en déliquescence. Toitures effondrées (nous aussi), murs de guingois, végétation envahissante laissaient présager le pire. Puis vint le miracle, comme parfois, de gens un peu fous sans doute mais amoureux du patrimoine et qui mirent dans cette propriété un sac d’or pour la réhabiliter et lui donner une vocation économique nouvelle. Le Vivier L’Agneau est utilisé pour des mariages et des séminaires.
 
Ce n’est pas le plus beau château de Belgique et son apparence dans la cour principale traduit les affects des temps passés. Mais remis à neuf et mariant habilement l’ancien et le contemporain, le château est reparti pour cinquante ans. Pour voir la façade principale, il suffit de passer devant, elle est immanquable. Sinon il y a toujours “Google Earth”.
 
Inspiration Renaissance
Cette façade donnant sur la voirie est sobre et classique. Elle remonte à la seconde moitié du XVIIIe siècle et affiche neuf travées sur deux niveaux égaux. Les trois travées centrales sont en légère avancée. Elles soutiennent un fronton aveugle mais orné d’une sculpture en bas-relief. Les baies latérales sont sommées de linteaux plats. Au centre, le décor des baies est plus riche, d’inspiration Renaissance italienne et datant de la fin du XIXe siècle.
 
Pour ce qui regarde l’histoire de ce site, il n’y a que Cécile Douxchamps-Lefèvre pour nous en dire plus qu’une ligne. Sa plaquette sur les châteaux de la province de Namur (vol. 1), datant de l’an 2000, reste une mine.
 
L’auteure signale que les bâtisses prennent appui sur un donjon médiéval. Le 12 mars 1760, l’avocat fiscaliste Jacques-Joseph Stassart acheta le domaine dont la contenance était de 48 bonniers, soit 50 hectares. Il fera construire le château dans son aspect classique, puis il mourut le 21 mars 1801. Son fils, devenu de Stassart de Noirmont, hérita du bien et le laissa à sa fille Julie, qui épousa François-Joseph de Le Bidart. Le couple ira habiter au château de Thumaide près de Beloeil et le bien de Courrière fut loué à Joséphine Barbaix, veuve d’Arnand Wasseige. Elle s’y installa en 1827 avec ses quatre enfants.
 
Quatre générations de Spandl
Clothilde de Le Bidart hérita de sa mère et vint y vivre avec son mari, le baron Jean-François de Spandl de l’Herze (on prononce Span). Les Spandl habitent l’hiver dans leur hôtel de Namur, rue de Bruxelles. Jean-François sera bourgmestre de Courrière et il fut le propriétaire des grottes de Han (achetées le 12 janvier 1856), restées dans sa descendance. Plusieurs générations de Spandl passèrent ici et, en 1954, les héritiers du baron Arnold (son frère, ses neveux Looz-Corswarem et la baronne Ghislaine van Zuylen) vendirent le Vivier l’Agneau au docteur André Binamé. Ce dernier le céda rapidement à Madame Paseck qui y installa un home de vacances. En 1987, la société Bonino en fit l’acquisition et y entreprit de lourds travaux en vue de séminaires et mariages. Les projets ne furent pas menés à leur fin et la ruine menaçait quand l’actuel propriétaire arriva et sauva les édifices. On pouvait visiter lors des Journées du Patrimoine du week-end passé, ce que nous fîmes en regrettant de n’avoir pu embrasser la mariée.
 
Infos : wwwchateauvivierlagneau.com. Tél. : 083. 40. 00. 60.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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