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26/09/2015

Quand les livres s’installent dans nos rues

la libre,momento,coulisses,boîte à livres,bookboxes,bookcrossing,belgiqueIl semblerait que les livres adoptent de plus en plus un mode de vie nomade. Passant de boîtes en boîtes, de rues en rues et de quartiers en quartiers, le phénomène des boîtes à livres prend de plus en plus d’ampleur en Belgique.

Reportage: Mathilde de Kerchove (st.)

CHAQUE SEMAINE, Christophe Ravet se rend à la boîte à livres installée devant la maison communale d’Uccle. Il a découvert cette bibliothèque de rue il y a quelques mois en se baladant dans son quartier. Depuis, il y dépose régulièrement des livres, DVDs et CDs, et trouve parfois son bonheur parmi ceux qui ont été laissés par de précédents utilisateurs.
 
Ce mercredi, vers cinq heures de l’après-midi, ce Bruxellois de 57 ans, accompagné de sa petite-fille, Céleste, est donc allé voir si la boîte à livres contenait de nouveaux trésors. A l’entrée du parc de la place Jean Vander Elst se trouve une boîte qui, de loin, peut se confondre avec une simple boîte aux lettres. Mais une fois à proximité, la vitre amovible expose les quelques livres déposés un peu plus tôt par des passants. Et quelle trouvaille   ! Un livre de “La Belle au bois dormant”, flambant neuf pour Céleste et un catalogue d’art textile pour Isabelle, la femme de Christophe qui est, justement, artiste spécialisée dans le textile.
 
Le contenu de ces boîtes à livres est très varié et irrégulier, nous explique-t-il. “On peut souvent voir qu’elle a été remplie par une même personne. Par exemple, un jour il y aura une série de livres du même auteur, quelques jours après, des livres d’enfants, et la semaine suivante, un tas de polars. Il y a aussi une grande diversité dans la langue des bouquins, ce qui reflète le côté cosmopolite du quartier…
 
Une deuxième vie aux bouquins
Plusieurs fois, avant de découvrir ce système de micro-bibliothèques, il s’était demandé que faire de tous ces livres qui prennent la poussière dans ses étagères.
 
Très attaché aux livres depuis toujours, il est, en effet, impensable pour Christophe Ravet de les jeter. Après quelques recherches, il a donc découvert plusieurs initiatives de la sorte. Ces concepts innovants comme le bookcrossing ou ces ASBL revendant des livres, qui, pour lui, étaient de bonnes idées, sont malheureusement encore aujourd’hui très peu connues dans nos régions (lire notre analyse ci-dessous).
 
Contrairement au bookcrossing, ce phénomène de bibliothèque de rue devient de plus en plus populaire chez nous. A Malonne, Jodoigne, Nivelles, Louvain-La-Neuve, Bruxelles, on a installé ces boîtes à livres dans les rues.
 
Il semblerait que ce système, qui donne une nouvelle vie aux bouquins, ait séduit de nombreuses communes en 2015. Et si Christophe n’est pas le seul à être ravi de cette nouvelle manière de renouveler sa bibliothèque, selon lui, tout ça reste encore trop marginal. Il pense que ce concept pourrait, à une plus grande échelle, créer un véritable réseau entre les amateurs de littérature.
 
C’est dans le même esprit que Françoise Janfils responsable de l’association Rose-Eau (qui, par ailleurs, organise des jardins partagés, des cours de langue des signes, etc.) a pris l’initiative d’installer ces boîtes à livres à Jodoigne. “Le centre culturel et la commune se sont joints à nous pour permettre l’inauguration de ces boîtes, en avril dernier. Depuis, on ne reçoit que des retours positifs des citoyens   !”, se félicite-t-elle. Selon Françoise Janfils, cette nouvelle approche pour acquérir des livres offre, avant tout, un accès bien plus universel à la culture. “Ce sont les livres et la littérature qui vont vers les personnes, et pas l’inverse.
 
 
la libre,momento,coulisses,boîte à livres,bookboxes,bookcrossing,belgiqueDu bookcrossing aux bookboxes
 
Analyse du phénomène grandissant des boîtes à livres qui s’installent petit à petit en Belgique.
 
VÉRITABLES MINES D’OR pour les grands lecteurs, ce phénomène de bibliothèques de rue se propage peu à peu en Belgique. Le principe est simple, il s’agit d’un échange de livres via de petites étagères installées dans la rue. Les passants peuvent donc y déposer des livres, bandes dessinées ou catalogues, mais aussi prendre ce qui a été préalablement laissé par d’autres utilisateurs.
 
On évoque souvent les boîtes à livres comme outil efficace pour créer un circuit par lequel les passionnés de littérature peuvent partager avec d’autres des ouvrages qu’ils apprécient.
 
En plus de cette dernière, ce concept de bibliothèque de rue possède une autre fonction importante : le recyclage. En effet, cet outil original permet de donner une nouvelle vie à votre bibliothèque tout en faisant le bonheur de quelqu’un d’autre.
 
D’où cela vient-il ?
Tout a commencé avec le bookcrossing. Apparue au début des années 2000 aux Etats-Unis, cette mode consiste à abandonner son livre quelque part, dans le but que quelqu’un d’autre tombe dessus.
 
D’après ce phénomène, l’entrepreneur Ron Hornbaker a eu l’idée de créer un site Web qui permettrait de traquer ces bouquins lâchés dans la nature. L’objectif était de créer une “bibliothèque planétaire”, un réseau transcontinental entre tous ces lecteurs désireux de partager leurs livres, et d’en découvrir d’autres.
 
Comment ça marche ?
L’utilisateur enregistre sur le site (http://bookcrossing.com) un livre qu’il souhaite abandonner, et donc partager. Il reçoit ensuite un numéro de série à inscrire dans le bouquin, accompagné de l’URL du site et, s’il le désire, d’une note d’appréciation (ex : j’abandonne ce livre car je l’ai apprécié et aimerais le partager. Si vous en avez pensé de même, merci de l’enregistrer sur ce site :…). Il lui suffit alors de déposer le livre dans un lieu public et de laisser une “note de libération” sur le site pour permettre aux autres internautes de le retrouver ou de le chercher.
 
Deux ans après avoir lancé le projet, 150 000 personnes étaient déjà inscrites sur le site, ainsi que 519000 livres. Aujourd’hui, il y a plus d’un million de bookcrossers à travers 132 pays différents. Même si ce phénomène a connu un succès grandissant au long de ces dernières années, le résultat n’est pas garanti.
 
Sur les 11 millions de livres enregistrés depuis, entre 20 et 25 pourcent d’entre eux sont trouvés et ré-enregistrés. En effet, il ne faut pas oublier que certains livres ne sont jamais trouvés, ou découverts par des gens qui ne sont pas intéressés, ou par des personnes n’ayant aucun accès à Internet.
Depuis le début du concept, c’est le “Eurobook crosser Diary” qui a obtenu le plus d’échanges et d’enregistrements. Il s’agit d’un journal dans lequel les bookcrossers écrivent ce qu’ils veulent avant de le relâcher dans la nature.
 
Aujourd’hui, bien qu’encore très timide en Belgique, le bookcrossing se répand peu à peu en Europe. L’Allemagne, les Pays-Bas, la France, l’Espagne, le Portugal, la Finlande et l’Angleterre figurent dans le top 10 des adeptes du concept.
 
 
Ph.: Christophe Bortels et JC Guillaume

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