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27/09/2015

Herrenhaus, massif de pierres immuable

La Libre, Momento, Vie de château, Herrenhaus, EynattenA Eynatten, les points forts du patrimoine sont nombreux. Premier volet d’un triptyque.

Philippe Farcy


IL SUFFIT DE REGARDER SUR LE SITE de la DG04 de la Région wallonne pour prendre la mesure de l’ensemble du patrimoine bâti intéressant qui ponctue le petit village d’Eynatten. Cette petite bourgade dépend de Raeren.
 
Voilà la maison du seigneur, non pas JC, le frère de la fille de Poelvoorde dans “Le tout nouveau testament”, mais le sire du village d’Eynatten, entité intégrée dans le Duché de Limbourg et donc placée sous la bannière des ducs de Brabant. Nous sommes sur l’ancien ban de Walhorn.
 
Guy Poswick a donné en 1951 les éléments historiques de cette demeure de petite taille dont la stabilité à travers le temps est remarquable. Poswick avait, en effet, publié ses “Délices du Duché de Limbourg”, pour faire le pendant aux “Délices du Païs de Liège”, parus 210 ans auparavant. Le volume se trouve en totalité sur le Net, ce qui est commode.
 
Stabilité remarquable disions-nous car, dans le village, on trouve deux autres seigneuries composées chacune d’un donjon et que ces deux fières bâtisses connurent les affres du temps. La première est collée contre le château de cette semaine et on a construit une villa contemporaine en son cœur. L’autre se meurt lentement sans que personne ne bronche depuis plus de soixante ans. On y reviendra bien sûr.
 
Partages entre frères
La “Herrenhaus” a porté plusieurs noms au cours du temps et Poswick évoque les familles qui la détinrent. Il y eut d’abord les Eynatten. C’est sous leur coupe que le domaine familial fut divisé en deux parties ce qui explique qu’un donjon (Vlattenhaus) et le castel de cette semaine soient si proches l’un de l’autre.
 
La construction de la “Herrenhaus” remonte de ce fait au XIVe siècle et fut décidée par Jean d’Eynatten. La tour revenant à son aîné Pierre. Jean épousa Marie van den Bongard. Leur fils Jean se maria en 1398 avec Jeanne de Neubourg et il reprit le bien. Trois générations plus tard, on vit la fille de Jean-Nicolas, mort en 1535, reprendre le domaine dont la taille a toujours été très faible. Cette demoiselle nommée Agnès épousa Jacques de Reuschenberg et elle fit entrer cette famille en ce lieu, lui donnant, dès lors, son nom. Des Reuschenberg, la “Herrenhaus” passa, par défaut, d’hoirs aux cousins Huyn d’Amstenraedt, déjà rencontrés dans des domaines des Limbourg belge et hollandais. Le premier d’entre eux, en 1647, fut Arnold qui était, par ailleurs, sire de Brusthem.
 
Il résidait donc dans ce magnifique donjon qui domine la plaine du haut de sa butte et qui vit (le donjon) sous ses yeux une bataille terrible entre Liégeois et Bourguignons (28 octobre 1467). Les Liégeois furent massacrés. Mais c’est une autre histoire. Les Amstenraedt donnèrent également leur nom à la maison. Arnold donna à la demeure son apparence sur le flanc d’accès, vers la ferme. Puis vinrent par mariage les Dieden Malatesta dont Gérard était capitaine de cavalerie pour les armées d’Espagne.
 
Entrée en bourgeoisie
Toutefois, le bien fut saisi à la demande d’un créancier, comte de Hoensbroeck, en 1701. Les enfants Malatesta empruntèrent les sommes dues auprès d’un riche personnage d’Aix-la-Chapelle, le sieur Nicolas Moeren qui finalement reprit le domaine à son compte en 1704, n’étant pas à son tour remboursé par les Malatesta. Nicolas Moeren décéda en 1709 et “Herrenhaus” fut repris par sa fille Jeanne qui avait épousé un autre bourgeois d’Aix, Gaspard Deltour.
 
Par mariage, à nouveau le bien arriva chez les Charlier qui le gardèrent jusqu’en 1780, quand eut lieu une vente en faveur d’Arnold Römer-Lambertz, lui aussi d’Aix et qui était déjà propriétaire du donjon d’à-côté. A cette époque donc, on se retrouvait, comme au XIIIe siècle, du temps des Eynatten. Mais cela n’allait pas durer car une succession et des mariages imposèrent une nouvelle séparation. Le bien qui nous occupe échut alors aux Franssen du rameau d’André-Joseph. Ces Franssen, venus de Maestricht et dont l’un était juge au tribunal de Heinsberg, gardèrent la “Herrenhaus” qui est toujours dans leur descendance.
 
Harmonie tout en pierre bleue
Ce petit château a été classé le 3 juin 1987 avec accroissement de protection pour le site le 6 février 2014. C’est bien mérité car il y a, par ici, une harmonie parfaite grâce à cet ensemble architectural qui allie la ferme, servant de première protection, au château et au site constitué d’un grand étang et de quelques beaux arbres. L’ensemble est érigé en moellons de calcaire. Dans la ferme, il y a des ajouts en briques. Certaines granges datent des années 1826 à 1829.
 
Le château est donc posé sur un îlot très peu large. Il monte sur deux niveaux sous une toiture en bâtière couverte d’ardoises. Un niveau de soubassement à peine éclairé donne de l’air aux caves. Les façades sont toujours aussi peu percées qu’il y a trois cents ans. On compte deux baies sur les flancs, et vers l’étang guère plus de six. On accède au château par un petit pont de pierre. L’avant-corps, construit au XVIIe siècle par Arnold Huyn, a créé une minuscule cour intérieure formée avec les deux petites ailes de retour.
 
On ne visite pas mais on peut discrètement jeter un œil aux façades sans que des molosses ne vous gueulent leur sympathie.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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